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Image mer et titre

« You have to understand
that no one puts their children
in a boat unless the water is
safer than the land. »

Warsan Shire

Sea-You Project

Sea-You est un projet utopique et apolitique qui se veut réaliste. Un Archipel flottant composé de bateaux plateformes, des Vigilantes. À la fois fixes et mobiles, ces refuges autonomes et temporaires, surmontés de phares en Méditerranée, sont capables de guider puis d’abriter en mer les exclus et les démunis de notre Terre. Ces simples lucioles architecturées, faibles lueurs d’espoir au milieu des flots, offrent ainsi, modestement, une structure d’ancrage, un repère sécurisant au sein de l’immensité maritime, au cœur de notre humanité, vidée de sa raison, de ses fondements, de sa définition même. À l’instar des abris en montagne, il s’agit de créer ici des abris en mer, des structures destinées aux personnes qui se résolvent à affronter la mer, qui osent entreprendre une traversée souvent désespérée.

« Si vous voulez, la tour Eiffel pour les jeunes,
c’est comme quelque chose, c’est comme un objectif en fait.
Tu vois, on est sur la mer, tout ce qui nous permet
de tenir en vie, c’est comme un phare, c’est ça, au bout
du tunnel, un phare qu’on voit quand on est sur la mer
et qui fait sombre, cette lumière qui nous dit
que la ligne d’arrivée est juste là-bas. »

Mineur non accompagné, Jeunesses africaines en exil, Radio France

Image projet Tour Eiffel

« Devant la menace, on aurait décidé, non pas de lui faire face,
mais de fuir. Les uns dans l’exil doré du 1% — “ Les super-riches
doivent être protégés avant tout! ”— d’autres en s’accrochant à
des frontières assurées — “ Par pitié, laissez-nous au moins
l’assurance d’une identité stable ! ”—, d’autres enfin, les plus
misérables, en prenant la route de l’exil. »

Bruno Latour, Où atterrir?

Porte-avions

Projet Sea-You

Déroulement

Les personnes embarquées* dans leur vie, sur cette mer méditerranéenne, navigueront entre les côtes de l’Afrique du Nord et celles espérées, mais lointaines et peu accueillantes du continent européen. Lors de leur périple, ces êtres — faussement préparés, comme tout être humain, à tous les possibles y compris à leur propre mort — pourraient se trouver en difficulté, abandonnés à nouveau dans ce désert maritime, vidé de tout avenir, sans la moindre accroche tangible, jusqu’à la soudaineté de cet instant, celui où un seul regard saura se poser sur un détail singulier, sur une lumière particulière — cycliquement éphémère dans sa fidélité — qui, dès lors collectivement remarquée et observée, les orientera naturellement vers elle, grâce au surgissement de cet espoir inouï, la seule force capable de décupler, de manière infinie mais temporaire, cette ultime détermination si dangereusement éphémère.

Au terme de cette distance parcourue à bord de leur embarcation, ces enfants, ces femmes et ces hommes entreront en contact avec une plateforme, stratégiquement placée — faisant elle-même partie, au milieu des flots, d’un ensemble, d’un Archipel de Vigilantes disposé conformément aux régulations internationales en vigueur — sur laquelle ils sauront se mettre en sécurité quelques jours durant, s’appropriant un espace physique et temporel qui leur aura été destiné, quotidiennement et constamment suivis, techniquement, technologiquement, physiquement, humainement accompagnés et protégés au cœur de cette structure salvatrice. Ce laps de vie partagé, parenthèse temporelle des êtres fragilisés, s’étirera dans un temps raisonnable*, jusqu’à leur prise en charge ultime par des équipes de sauvetage qui viendront les recueillir, les accueillir à bord de leurs bateaux et les transporter à destination des ports européens d’où ils pourront poursuivre, Vivants, leur projet de vie, leurs aspirations existentielles humainement légitimes*.

Ainsi, ce point sur la carte, cette tache noire* au bord de l’Europe maritime se transforme en un point-refuge, point de convergence de trajectoires singulières, réunies à bord des Vigilantes avant leur expansion territoriale individuelle, fraternelle, familiale — point d’énergie de vies concentrées à travers leur expérience commune, à travers la compression de l’espace et du temps.

Annotation automatique

Remorqueurs

Emplacement

Les plateformes du projet Sea-You sont positionnées dans une zone SAR [Search & Rescue] européenne stratégique, située entre l’Afrique du Nord et les côtes italiennes. Une fois déployées, les Vigilantes restent stationnaires grâce à un système de positionnement dynamique [DP]. Toutefois, et si nécessaire, elles peuvent également se déplacer de manière autonome, à l’instar des véhicules de surface autonomes [USV], dans les zones SAR adjacentes, celles placées sous responsabilité libyenne ou tunisienne.

Cette liberté de mouvement leur permet de rejoindre à nouveau les zones SAR maltaise et italienne initiales, limitant ainsi les risques de confrontation avec des patrouilleurs hostiles. Dans la zone de déploiement prévue, et afin de renforcer leur sécurité, les Vigilantes sont positionnées en dehors même de la ZEE libyenne.

Ces plateformes ne sont pas ancrées, ce qui élimine de facto toute obligation de demande d’autorisation auprès de l’État côtier [article 60 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, CNUDM]. Les Vigilantes stationnent ou naviguent ainsi librement, conformément au régime de haute mer en vigueur [articles 58 et 87 de la CNUDM].

Les plateformes sont transportées vers leur zone d’opération par des remorqueurs de haute mer, en provenance d’un ou plusieurs chantiers navals choisis en fonction de deux critères: la proximité des sites de production et d’assemblage avec les zones de déploiement du projet Sea-You, et la disponibilité d’infrastructures adaptées pour accueillir les plateformes lors de leur maintenance en cale sèche.

Ci-dessus ▲ | Œuvre de Leonhard Sandrock, der Hafen erwacht.

Europe Frontex

Carte ci-dessus ▲ | pointillés rouges & noirs: « frontières » maritimes contrôlées par l’Agence Frontex. Traitillés rouges & noirs:…Pays en rose:… Pays en pointillés rouge:… Pays à traits rouges:…

Carte ci-dessous ▼ | lignes rouges: limites des zones économiques exclusives [ZEE]. Lignes noires: limites des zones Search & Rescue [SAR]. Du nord au sud: Zone SAR italienne [rouge foncé], maltaise [rouge intermédiaire] et libyenne [rouge clair]. Zone hachurée verticalement: chevauchement entre les Zones SAR maltaise et italienne. Zone hachurée en noir: ZEE libyenne + Zone SAR libyenne.

Carte intervention

Ci-dessus ▲ | Surface rouge & croix blanches : zone d’intervention et de positionnement du projet Sea-You. Disques rouges : aire de visibilité de chaque plateforme dans un rayon de 25 km.

Délimitations d’intervention: 11’23°- 13’30° E / 34’20°- 35’15° N. Les Vigilantes sont positionnés dans une zone maritime de 19’136 km² [99 NM x 56 NM], située aux limites extérieures des zones SAR tunisienne et libyenne, et relevant donc de la zone SAR maltaise et, par conséquent, d’une zone de secours européenne ; celle-ci est située au-dessus du plateau maritime dit de la tunisienne orientale, à une profondeur approximative de 100 m.

Tout point situé dans le rectangle rouge & croix blanches se trouve à une distance maximale de 70 km de l’île de Lampedusa.

À titre indicatif, les bateaux et autres patrouilleurs des garde-côtes italiens, Guardia Costiera, peuvent atteindre généralement des vitesses moyennes de 15 à 24 nœuds [28 à 44 km/h]. À ces vitesses, la distance de 70 km peut être parcourue en 1 heure 30 à 2 heures 30 environ.

Les bateaux humanitaires actifs en Méditerranée ont des vitesses moyennes qui oscillent entre 10 à 15 nœuds [19 à 28 km/h]. À ces vitesses, la distance de 70 km peut être parcourue en 2 heures 30 à 3 heures 40.

Ci-dessous ▼ | Cartes illustrant les trajets menés par l’ONG SOS Méditerranée depuis l’introduction du décret-loi Piantedosi par le gouvernement italien au début de l’année 2023. En rouge: trajet de retour imposé[s] par les autorités italiennes après généralement un seul sauvetage en mer. En noir, trajet effectué[s] afin de rejoindre une nouvelle zone de recherche et de sauvetage.

Carte 1 – Port de départ : 29.06.24 – Syracuse 37°05′00″N 15°17’00″E et Port d’arrivée : 13.07.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E / 261 personnes secourues / Trajet du retour : 540 NM – 1’000 Km.

Carte 2 – Port de départ : 12.06.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E et Port d’arrivée : 20.06.24 – Civitavecchia 42°06 00″N 11°48′00″E / 54 personnes secourues / Trajet du retour : 550 NM – 1’020 Km.

Carte 3 – Port de départ : 22.05.24 – Ancona 43°37′00″N 13°31′00″E et port d’arrivée : 29.06.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E / 64 personnes secourues / Trajet du retour : 648 NM – 1’200 Km.

Carte 4 – Ensemble de 5 opérations représentées : un total de 481 personnes secourues pour 2’643 NM – 4’895 Km parcourus lors des retours aux ports de débarquements assignés par les autorités pendant ou à la suite des opérations de sauvetages.

Le 12 décembre 2024, l’ONG MSF annonçait : « Médecins Sans Frontières annonce la fin des opérations de son navire de sauvetage, Geo Barents, qui était opérationnel depuis juin 2021. Les lois et politiques italiennes ont rendu impossible la poursuite de ses opérations selon les modalités actuelles. […] Au cours des deux dernières années, le Geo Barents a fait l’objet de quatre sanctions de la part des autorités italiennes, imposant un total de 160 jours d’immobilisation au port. Ces sanctions, qui ne servaient qu’à punir le navire pour avoir rempli son devoir humanitaire et légal de sauver des vies en mer, découlent du décret Piantedosi, une loi introduite par le gouvernement italien au début de l’année 2023.

En décembre 2024, l’Italie a encore intensifié la sévérité des sanctions en facilitant et en accélérant la confiscation des navires de recherche et de sauvetage humanitaires. La pratique des autorités italiennes consistant à désigner des ports éloignés, souvent dans le nord du pays, pour débarquer les personnes secourues, a encore réduit la capacité du Geo Barents à sauver des vies en mer et à être présent dans les zones où il est utile. Depuis l’entrée en vigueur du décret Piantedosi, le Geo Barents a passé la moitié de l’année à faire des allers-retours vers des ports éloignés, au lieu de porter assistance aux personnes en détresse. Ainsi, en juin 2023, les autorités italiennes ont demandé au Geo Barents, qui peut accueillir jusqu’à 600 personnes à bord, de se rendre à La Spezia, dans le nord de l’Italie, pour débarquer 13 rescapés. Cela a représenté une navigation de plus de 1 000 kilomètres, en dépit de l’existence de ports beaucoup plus proches ».

Carte suivante, en bleu ▼▼ | Trois cercles de 25 km de rayon posés sur le Lac Léman qui représentent, visuellement et symboliquement, à l’échelle du territoire lémanique, la portée du projet Sea-You.

Opérations de secours SOS

Carte Léman

Refuge et Fœtus

Venir au Monde

Nous naissons à deux et nous mourrons seuls. La vie débute par une énigme à deux corps. Tout être aura généralement vécu une gestation symbiotique au cœur de sa mère, au sein de son corps, naturellement adapté au fœtus, à sa corporalité en perpétuelle évolution, à son développement biologiquement programmé ; une vie, rythmée, engagée par ce premier battement du cœur embryonnaire, nourrie et oxygénée par l’intermédiaire du placenta — organe essentiel bien que temporaire, connecté à cet être en devenir par le cordon ombilical : point de contact, futur vestige cicatrisé de notre attachement nombriliste, centre de gravité en or qui module les esprits — immergée dans le liquide amniotique, fluide stérile d’une poche thermiquement isolée, préservée des microbes, abritée des sons, des lumières et des chocs par atténuation du monde extérieur.

Cette venue au monde, initiée par des contractions progressives, accompagnée d’effacement, de dilatations et de rotations, par les poussées et la respiration de la mère, se finalise par l’apparition de la tête, la compression puis l’ouverture de la cage thoracique, l’extraction totale du corps le long de la filière pelvi génitale. L’enfant-né se retrouve soudainement et malgré lui, baigné dans un nouvel élément moins hospitalier, d’une densité infime, de portance réduite, certes enveloppante mais de manière imperceptible et bien souvent, ressentie comme déficiente thermiquement : la fraîcheur nous étreint, les parois de liège ont disparu, le voile protecteur de nos yeux se déchire. Touchés, nous le sentons.

Nous faisons face à la gravité. Nous naissons grâce et à travers les corps de nos mères, après avoir franchi cols et bassins, après avoir parcouru la géographie physique et spécifique de l’intériorité féminine, avant d’être recueillis et soutenus soigneusement par des mains soignantes auxquelles nous répondons par notre premier pleur, réponse certaine à notre première inspiration, à la prise de conscience aveuglante, fulgurance involontaire de notre appartenance atmosphérique qui nous interconnecte désormais à l’ensemble du monde : après avoir baigné plusieurs mois durant dans un liquide privatif, nous voici livré et à nouveau immergé dans un mélange, cette fois-ci gazeux, fruit commun planétaire voire solaire, résultat des échanges chimiques engendrés par les plantes, les animaux et nous*, ô vous, frères humains*. De la soustraction du « Nous », ne subsiste du « Vous » que le « Je » ; ce « Je » seul face à sa vie en devenir ; initialement préservé du bavardage et du divertissement, momentanément dépouillé de la tyrannie du « on »*, nous sommes mis à nu et donc mis à mort.

Nos vies individuelles, aux trajectoires et durées variables, sont singulières ; elles prennent forme et se déroulent dans un entre-deux, entre deux moments clés inexorables : celui de notre venue distendue au monde et celui de notre mort soudaine, instantanée ; deux événements parfois notifiés à travers des documents administratifs spécifiques : Acte de naissance et Acte de décès. Entre ces deux images, entre ces deux instantanés, se déploie un fondu-enchaîné cinématographique unique, celui de notre vie* : une existence en transition, entre une élasticité corporelle initiale et une rigidité cadavérique finale, insoupçonnable ; entre un binôme corporel chaleureux et une solitude corporelle frigorifique ; un entre-acte joué par un corps, riches en millions et en milliards, de cycles respiratoires et de battements de cœurs : base rythmique de nos vies, de nos paramètres vitaux, ces courbes dissociées sur les écrans de contrôle mais bien entrelacées et interdépendantes à l’intérieur de nos existences. Dans l’intervalle de cette fragilité suspendue entre deux points, ces points de vie monitorés qui dessinent les trajectoires qu’ils définissent et qu’ils parcourent le long de pics abrupts, de plaines vallonées et de mers agitées, que faire de sa vie ? Que faire de cette prière incessante faite aux vivants ?* Personne n’a souhaité venir au monde et rares sont celles et ceux qui souhaitent ardemment le quitter. Nous n’avons plus le choix car désormais nous sommes livrés à la réalité du monde avec nos yeux ouverts et opérationnels.

Trois Corps-Temps

Rotterdam, quartier de Delfshaven, 1999. Au petit matin, à la suite d’une nuit blanche, fruit du labeur : un corps, repéré à distance, désormais décroissante, sur le seuil de l’entrée d’un immeuble, au cœur d’une zone résidentielle immaculée de toute autre présence humaine. Cet être, à la température corporelle inestimable, est possiblement et simplement avachi, délicatement supporté par les quelques marches de l’escalier qui en délimitent l’espace d’accueil. Dans ce quartier spécifique, jugé difficile, passer à bicyclette. Cet élan de vie indéniable, cette conscience légèrement diminuée par la fatigue accumulée, porté par le cadre triangulé, emporté par le mouvement inertiel du véhicule, le long d’une trajectoire linéaire circulairement engendrée par l’entraînement d’un pédalier actionné par des jambes irréfléchies — Lorsque le corps a compris, l’esprit se retire* — produit une brièveté bienvenue, peut-être salvatrice, qui rend « délicat » tout nouveau geste, « difficile » tout ralentissement, « impossible » tout arrêt. Mais cette fugacité visuelle, cette impression rétinienne, ne demeure néanmoins pas sans souvenir, donc sans égards, sans questionnement, sans culpabilité, sans lâcheté.

Bikaner, Rajasthan, 2011. Pendant la journée, lors d’une flânerie touristique : ce corps, étendu sur le sol, sur le bord d’une route au centre de cette ville indienne ; un corps abandonné à lui-même, déjà recouvert de poussière, signe irréfutable d’une mort solitaire et effective au milieu de la vie active, jouxtant d’innombrables et inévitables activités quotidiennes : passants déambulant, boutiquiers diversement affairés, motocyclistes énergiques en quête de stationnement, policiers oisifs, assis et sirotant leur chai : la vie ordinaire. Cet être, ce paquet à la tiédeur envolée, semble totalement disposé à être collecté, prochainement rassemblé parmi d’autres détritus urbains jonchant le sol, avant d’être ramassé, collectivement évacué par et sous les yeux sans cesse résignés des siens, les hors castes, à l’abri construit des regards plurimillénaires de ses non-semblables — hiérarchiquement imposés par une minorité d’êtres humains autoproclamés supérieurs — qui, culturellement, ne voient plus.

Lausanne, la Riponne, 2023. En début d’après-midi, lors d’un déplacement quelconque à travers la ville : ce corps, une femme, positionnée volontairement sur le sol d’une place piétonne fréquentée, dans une posture latérale, quasi fœtale, sous un soleil franc et estival. Cette vaste surface asphaltée, mer dépourvue de toute capacité réfléchissante, à la fois dense et rigide offre la vulnérabilité de cet être — éclatante, presque giclante, sans ombrage — comme sur un plateau. Ce corps encore chaud et immobile, toujours respirant, non englouti gravitationnellement sous le bitume, physique des matériaux oblige, se trouve fatalement à portée de vue — aisément déviable — soumis au regard éventuel de dizaines, voire de centaines de passants quelque peu badauds, distraits, parfois quasi extatiques ; ce corps statique, situé à proximité variable de tous ces Autres, subitement pressés, soudainement aveuglés, véritablement démunis, déjà passablement préoccupés par leurs pensées vaguement intenses, portés par leurs trajectoires habituelles, empêchés par leur saisissement, par leur incrédulité, par leurs répulsions, par leur dégoût, par leurs peurs, par leurs craintes, par leurs incapacités multiples, par leur indifférence.

Être au Monde

À travers cette longue traversée de l’Humanité, qui demeure un détail à l’échelle cosmique, les Vivants s’emploient à vivre dans leur présent — cette si simple déchirure de l’infinité du Temps* — et Ils se trouvent entraînés dans une continuité, pris, prosaïquement dit, entre les Morts : personnes anciennement Vivantes et les Vivants à venir : les générations qui nous succèderont. Nous sommes lancés sur une piste d’athlétisme : le précédent coureur, ayant préalablement déployé toutes ses forces, se retrouve allongé au sol, effondré à l’issue d’une vie intense ponctuée par la transmission réussie de l’artefact qui symbolise notre responsabilité individuelle : le bâton de témoin. Nous l’avons dès lors en main et le temps de notre course, celle de notre vie, nous en avons l’usage, il nous appartient. Nous héritons de conditions initiales sur lesquelles nous n’avons, par définition, aucune emprise, cependant nous pouvons désormais les modifier, les faire « nôtres » et même « miennes ». Ainsi, nous avons la possibilité d’œuvrer et de transmettre avantageusement ce relais aux athlètes qui poursuivront cette folle existence humaine.

Relais Berlin

Lettre au pape

* Cette lettre a été écrite et envoyée au Vatican avant les révélations des agressions sexuelles imputées à l’abbé Pierre en juillet 2024. Elle est maintenue en l’état pour illustrer à quel point il est difficile de s’appuyer sur une quelconque exemplarité humaine — souvent « souhaitée », mais malheureusement désillusionnée. Nous faisons partie, sans conteste, d’une multitude d’êtres marqués une fois encore par les secrets et les silences, les masques et les dissimulations. Ces révélations nous plongent lourdement dans un fort sentiment de trahison, envers des pensées et des actes qui, misérablement, semblaient à même de nous guider quelque peu sur cette terre.

Votre Sainteté,

Dans un monde où l’indifférence semble souvent prévaloir sur la compassion, nous nous tournons humblement vers vous afin de vous présenter un projet qui aspire à incarner les valeurs que vous avez inlassablement défendues et nourries depuis le début de votre pontificat. Ces principes se manifestent quotidiennement dans l’énergie et la volonté de changements que vous cherchez à apporter à l’Église catholique actuelle.

Le projet que nous souhaitons vous exposer porte le nom de Sea-You. Deux mots évocateurs, susceptibles de faire partie des douces paroles pleines d’espoir que l’on pourrait glisser à l’oreille d’un ami ou d’un être cher s’apprêtant à affronter la périlleuse traversée de la mer Méditerranée. Ce périple est souvent entrepris par des personnes ayant préalablement enduré d’innombrables souffrances, difficultés et humiliations tout au long d’un voyage terrestre qui les a, pour les plus « chanceux » d’entre eux, menés jusqu’aux rives de ce bassin, témoin majeur de l’histoire de notre humanité et de la naissance de la chrétienté.

Inspiré par l’histoire maritime des États pontificaux et par l’engagement séculaire de l’Église dans les affaires du monde, Sea-You se distingue néanmoins radicalement de l’époque où la marine pontificale et le pouvoir du pape étaient impliqués dans des expéditions ou des opérations politiques et religieuses, malheureusement conflictuelles. Par contraste, ce projet apolitique, architectural et humanitaire vise à établir de nouveaux sanctuaires, des refuges maritimes en Méditerranée. Ces Vigilantes, des constructions autonomes et flottantes, aspirent à être, littéralement et symboliquement, des phares ou peut-être de simples lucioles, à la luminosité modeste mais suffisante pour guider dans les nuits sombres et inhospitalières ceux qui, en quête d’un avenir meilleur, risquent leur vie au milieu des flots.

Les Vigilantes, abris temporaires et sans équipage, sont stratégiquement disposées en conformité avec le droit maritime et conçus de manière innovante selon une approche utopique mais pragmatique. Ils symbolisent notre refus collectif d’ignorer la souffrance d’une partie de notre humanité. Tout objet flottant ou positionné en mer, qu’il navigue dans des eaux territoriales ou en haute mer, doit arborer le pavillon d’un État. Les articles 90 et 91 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer stipulent que tout État, même sans littoral, a le droit de faire naviguer des navires sous son pavillon. En outre, chaque État définit librement les conditions d’attribution de sa nationalité aux navires. Notre requête se concentre exclusivement sur cet aspect juridique, crucial et indispensable : l’obtention du pavillon par un État bienveillant, pour permettre la poursuite du développement de ce projet.

Sea-You ambitionne également de repenser les fondements mêmes de l’architecture, en la replaçant au cœur de ses missions ancestrales et essentielles : offrir un abri et faciliter la création d’une société commune et égalitaire. Inspiré par des réalisations pionnières, telles que celle initiée par l’abbé Pierre* et Jean Prouvé après un hiver particulièrement rigoureux en France en 1954, ce projet rend hommage à ces deux figures emblématiques qui ont partagé un idéal commun d’assistance aux plus démunis et aux sans-abris. Leur engagement a permis d’aboutir à la création de « la Maison des Jours Meilleurs », un projet réaliste et innovant qui, malheureusement, ne fut pas approuvé par les autorités de l’époque.

En sollicitant l’attribution du pavillon du Vatican pour les Vigilantes, nous aspirons non seulement à obtenir une reconnaissance juridique internationale, mais aussi à véhiculer un message résolu, sincère et déterminé d’unité humaine et de solidarité mondiale. Recevoir le pavillon du Vatican pour ce projet soulignerait profondément l’engagement de l’Église envers la vie humaine sur terre, rappelant à chacun que la solidarité transcende les frontières et les différences, y compris religieuses. Le pavillon du Vatican offrirait également une protection cruciale à ces naufragés temporaires, soulignant l’importance de l’autorité morale de l’Église et sa place essentielle et nécessaire dans le domaine de la diplomatie internationale.

Votre soutien à l’égard du projet Sea-You ne symboliserait pas seulement un élan supplémentaire dans l’engagement humanitaire de l’Église, mais aussi la continuité de son rôle essentiel dans sa mission et dans sa capacité à influencer la construction d’un monde contemporain et à venir. Ce projet, loin d’être utopique, envisage concrètement comment la société civile et les communautés religieuses peuvent agir entre prochains, et non entre partenaires, afin d’œuvrer pour le bien et l’harmonie de l’humanité. Cette initiative refléterait les enseignements de l’Église, basés sur l’équité et l’espérance, renouvelant leur pertinence pour relever les défis actuels, qu’ils se situent en Méditerranée, en Europe ou à travers le monde.

Le projet Sea-You pourrait redonner toute sa signification au principe de fraternité, un terme noble mais sans cesse dévoyé sur un continent qui pourtant proclame régulièrement ses racines chrétiennes. Malheureusement, les déclarations politiques, les décisions et les actions des autorités gouvernementales entrent souvent en contradiction, voire en opposition complète, avec les valeurs qu’elles prétendent défendre, révélant par là même un opportunisme, ou pire, un cynisme qui dénature complètement leurs soi-disant valeurs fondamentales.

Ce projet représente un plan d’action concret, situé au-delà de toute rhétorique. Il ambitionne de promouvoir une vision différente de l’Europe, éloignée des seules considérations politiques et identitaires. Sea-You aspire à une réflexion globale sur notre monde ; nous sommes les héritiers d’événements historiques qui l’ont façonné, mais nous détenons la capacité, en tant qu’êtres vivants, d’agir chaque jour sur des questions essentielles telles que celle du partage, de la place que nous souhaitons offrir à chaque individu, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses origines, quelle que soient les raisons, qu’elles soient sécuritaires, économiques ou climatiques qui le poussent à quitter son village, sa région, son pays ou son continent.

Dans cet esprit, Sea-You adopte une posture futuriste, bien qu’elle puisse paraître difficile actuellement car minoritaire, elle représente néanmoins la seule voie vers un avenir digne pour tous les habitants de la planète. Nous sommes conscients des défis et de l’innovation que représente un tel engagement pour le Vatican. Toutefois, nous croyons fermement que Sea-You pourrait incarner l’esprit de charité, de solidarité, et d’amour universel que vous avez toujours prôné à travers vos visites dans les différentes périphéries de notre maison commune.

Nous sommes convaincus de notre capacité à susciter de l’enthousiasme autour de ce projet, surmontant ainsi les obstacles financiers, techniques et juridiques grâce à l’engagement de nombreuses personnes qui s’identifient déjà ou qui sauront se reconnaître dans ce type d’initiative. Notre objectif est de placer à nouveau l’humain au centre de nos préoccupations, de nos actions, des politiques. Nous partageons votre désir d’exprimer de manière concrète la compassion de l’Église envers les plus vulnérables.

Nous vous prions, Votre Sainteté, de recevoir notre appel et notre requête avec bienveillance, et de nous accorder votre attention, votre regard et votre soutien afin que Sea-You puisse devenir un nouveau symbole d’espoir, forgeant des liens entre les hommes et leur environnement, entre tous les acteurs qui œuvrent à créer des conditions propices à toutes les espèces présentes sur notre planète.

Dans l’attente de votre précieuse réponse, veuillez agréer, Votre Sainteté, l’expression de notre plus haute considération et de notre profond respect.

Sincèrement, pour le Collectif Sea-You, […].

Lausanne, Suisse, avril 2024.

Bataille de Lépante

Ce projet est en cours d’élaboration, de réflexion et de développement. Ces étapes, présentes et à venir, sont menées en étroite collaboration avec l’équipe généreuse de SAFIER INGENIERIE SA. Sea-You Project bénéficie également du soutien et des contributions de nombreuses personnes qui se reconnaissent dans ce projet à la fois utopique et réaliste.

E-mail principal : info@sea-you-project.com

E-mail SAFIER INGENIERIE : sisa@safier-ingenieriesa.com

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