« {…} You have to understand
that no one puts their children
in a boat unless the water is
safer than the land {…}. »
Warsan Shire, Home, extrait.
À lire: Home
Sea-You Project
Intention
Français | Et vous, comment souhaiteriez-vous mourir ? Si vous étiez en train de vous noyer, souhaiteriez-vous que quelqu’un vous tende la main ?
Sea-You est un projet utopique et apolitique qui se veut réaliste. Un archipel flottant composé de bateaux-plateformes, les Vigilantes. À la fois fixes et mobiles, ces refuges autonomes et temporaires, surmontés de phares en Méditerranée, sont conçus pour guider et abriter les personnes en perdition, celles qui ont choisi d’affronter la mer plutôt que de poursuivre une existence intenable sur terre. À l’instar des abris en montagne, il s’agit de créer ici des abris en mer.
Sea-You est une initiative simple, portée par une ambition essentielle: défendre une éthique universelle du respect de la vie humaine. Si tendre la main à un être qui se noie devient un geste impossible, parce qu’empêché politiquement, Sea-You Project s’affirme dès lors, et de manière absurde, en tant que projet politique.
English | And you, how would you choose to die ? If you were drowning, would you hope for someone to reach out and save you?
Sea-You is a utopian and apolitical project with a realistic vision. A floating archipelago composed of platform boats, known as Vigilantes. Both fixed and mobile, these autonomous and temporary shelters, crowned with lighthouses in the Mediterranean, are designed to guide and protect those lost at sea, people who have chosen to face the ocean rather than endure an unbearable existence on land. As with mountain shelters, the aim here is to create shelters at sea.
Sea-You is a simple initiative driven by a fundamental ambition: to defend a universal ethic of respect for human life. If reaching out to save a drowning person becomes an impossible act because it is politically obstructed, then, absurdly yet inevitably, the Sea-You Project asserts itself as a political project.
Informations
Ce projet est en cours d’élaboration, de réflexion et de développement. Ses étapes, présentes et à venir, sont menées en étroite collaboration avec l’équipe généreuse de SAFIER INGENIERIE SA. Le Sea-You Project bénéficie également du soutien et des contributions de nombreuses personnes qui ont choisi de naviguer à contre-courant des politiques et idéologies dominantes en ce début du deuxième quart du XXIᵉ siècle.
Sea-You, comme tout projet, est en constante évolution. Ce site sera régulièrement enrichi, complété et précisé pour accompagner et refléter au mieux sa dynamique propre: une dynamique mouvante, presque organique, nourrie par la «tectonique des plaques» de la pensée. Cette pensée s’alimente de la technique, de la géographie, de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, de l’architecture et du droit. Sea-You se déploiera, jusqu’où, et dans quelles directions ? Qui peut le prévoir ?
Aucune image ni description proposée sur ce site ne peut prétendre présenter ce projet de manière définitive. Chaque illustration, schéma ou descriptif doit être compris comme une étape du processus de recherche, une exploration conceptuelle et intellectuelle qui, pas à pas, mènera à la réalisation de Sea-You.
Contacts
E-mail principal: info@sea-you-project.com
E-mail SAFIER INGENIERIE: sisa@safier-ingenieriesa.com
Site web SAFIER INGENIERIE: safier-ingenieriesa.com
Association Sea-You: en cours de création
LinkedIn: linkedin.com/company/sea-you-project/about/
Instagram: en cours de création
| Ci-dessus ▲ | Images du carrousel: 1 – Photomontage Sea-You Project. | 2 – Carte du « Missing Migrants Project » de l’Organisation Internationale pour les Migrations [OIM]: 31 234 migrants disparus en Méditerranées, enregistrés depuis 2014 par cet organisme de l’ONU; chiffres de janvier 2025. Missing Migrants. | 3 – Undertow, Winslow Homer, 1886. The Metropolitan Museum of Art [MET], New York – domaine public. | 4 – Photomontage Sea-You Project. | 5 – Landscape, dans son état inachevé, auteur anonyme [Baul Bril ?], fin XVIe – début XVIIe, MET – domaine public. | 6 – Courtisans et préposés faisant une boule de neige géante, Utagawa Toyokuni I, 1796. MET – domaine public. | 7 – Œuvre composite basée sur la photo n° 145 tirée de « L’album d’Auschwitz »; cet album est la seule preuve visuelle restante du processus, à la fois, en l’occurrence, « mis en scène » et photographié par les nazis, qui conduisait au massacre de masse à Auschwitz-Birkenau; L’Album d’Auschwitz. | 8 – Photogramme tiré du film Miracolo a Milano, de Vittorio De Sica, 1951. | Make Humanity Great Again. Vraiment ? L’avons-nous été, un jour ? « We see humans but no humanity. » — mots lus récemment sur un compte Instagram, ou encore: « {…} Finalement, la déportation ouvre une question sur l’Homme, sur ce qu’il est. » — « C’est une question insoluble, je ne peux pas répondre à des questions si compliquées. L’homme c’est tout, le pire et le meilleur. {…}. » Archive INA de Germaine Tillion — résistante française, ethnologue, déportée à Ravensbrück en 1943 — sur sa nécessité de témoigner, « Un certain regard », 14 septembre 1974. À écouter, Radio France: « Contrainte ou résistance, la musique dans les camps: Histoire, la musique dans les camps
| Ci-dessous ▼ | Bénédiction de la mer du canot « l’Amiral ROZE », d’une longueur de 10 mètres, fabriqué en bois au chantier Augustin Normand du Havre, mis en service de juillet 1891 à 1903 dans la station de sauvetage d’Audierne, département du Finistère en région Bretagne, France.

ONGs présentes en Méditerranée
liste non exhaustive, janvier 2025 | Bateaux à suivre, en temps « réel » sur le site: vesselfinder.com
Banksy, LOUISE MICHEL: mvlouisemichel.org
Jugend Rettet, IUVENTA: jugendrettet.org
Médecins sans frontières [MSF], GEO BARENTS [opérations suspendues]: msf.org
Mediterranea Saving Humans APS, MARE JONIO: mediterranearescue.org
Mission Lifeline International, LIFELINE: mission-lifeline.de
Navire Avenir [Projet en cours]: Navire Avenir
Salvamento Marítimo Humanitario, AITA MARI: smh.eus
Sea-Eye, RESQ PEOPLE – Alan Kurdi: resq.it
Sea-Eye, SEA-EYE 4: sea-eye.org
Sea Watch, SEA-WATCH 5 & AURORA + SEABIRD 1 & 2: sea-watch.org
SOS Humanity, HUMANITY 1: sos-humanity.org
SOS Méditerranée, OCEAN VIKING: sosmediterranee.fr
Migrations: Aide, Actions, Enquêtes, Recherche, Organisations
« Il s’agit d’un site d’information destiné à lutter contre la désinformation dont sont victimes les migrants où qu’ils se trouvent: dans leur pays d’origine, sur la route, ou déjà dans le pays où ils espèrent bâtir une nouvelle vie. »
infomigrants.net/fr
2a. Watch The Med
« Il s’agit d’une plateforme cartographique en ligne destinée à surveiller les décès et les violations des droits des migrants aux frontières maritimes de l’UE. Le projet WatchTheMed a été lancé dans le cadre de la campagne Boats4People de 2012 en Méditerranée centrale. Aujourd’hui, le projet implique un large réseau d’organisations, d’activistes et de chercheurs. »
watchthemed.net
2b. The Alarm-Phone-Initiative
« Il s’agit d’un projet géré depuis le 8 octobre 2014 par des bénévoles d’Europe, de Tunisie et du Maroc, qui s’engage pour le sauvetage en mer des réfugiés. Le site web « Alarm-Phone-Initiative » fournit une ressource web pour aider les réfugiés ayant besoin d’être secourus en mer, tandis que le site web « Watch The Med » suit et résume les événements impliquant des réfugiés en Méditerranée. » [Wikipédia]
https://alarmphone.org/fr/
3. Forensic Architecture
« Il s’agit d’une agence de recherche basée à Goldsmiths, Université de Londres. Notre mandat est de développer, d’utiliser et de diffuser de nouvelles techniques, méthodes et concepts pour enquêter sur la violence de l’État et des entreprises. Notre équipe comprend des architectes, des développeurs de logiciels, des cinéastes, des journalistes d’investigation, des scientifiques et des avocats. »
https://forensic-architecture.org/
forensic-architecture.org – The Pylos Shipwreck | 2023
forensic-architecture.org – Fire in Moria refugee camp |2020
forensic-architecture.org – Drift-backs in Aegean Sea | 2020
forensic-architecture.org – Shipwreck at the threshold of Europe | 2015
4. Border Forensics
« Il s’agit d’une organisation qui utilise des méthodes innovantes d’analyse spatiale et visuelle pour enquêter sur la violence des frontières, partout où celle-ci se matérialise. Travaillant en collaboration avec les personnes migrantes et les groupes non gouvernementaux, nous avons pour objectif de promouvoir et de défendre la dignité et les droits des migrant.e.s et de favoriser la justice de la mobilité. »
https://www.borderforensics.org/fr/
borderforensics.org – Nador-Melilla | 2024
borderforensics.org – Niger Investigation | 2023
borderforensics.org – Airborne Complicity | 2022
5. Aegean Boat Report
« Le fondateur d’Aegean Boat Report, le Norvégien Tommy Olsen, a travaillé comme bénévole sur l’île grecque de Lesvos en 2015/2016 et a constaté qu’il était difficile d’obtenir de véritables informations actualisées tout en travaillant sur le terrain. Il n’y avait pas le temps de rassembler ces informations, et en même temps de faire le travail requis sur le terrain. Le manque d’informations nous a parfois fait prendre la mauvaise décision, et des informations cruciales n’ont pas été reçues à temps pour sauver des vies. Lorsque Tommy Olsen est rentré chez lui, dans sa ville de Tromsø, il a consacré son temps à rassembler les informations qu’il estimait lui-même manquer, afin de mieux informer les bénévoles et les organisations sur le terrain dans les îles grecques. »
https://www.aegeanboatreport.com
6. The Lighthouse – Clinique juridique
« Créée en 2018, cette clinique juridique de l’Université d’Angers a vocation à renforcer les connaissances pratiques, méthodologiques et théoriques des étudiants en Master de droit international et européen à l’Université d’Angers. Elle vise également à développer des interactions entre l’université et la société civile en mettant en relation les étudiants et chercheurs en droit international et européen avec des partenaires de terrain [cabinets d’avocats, ONG, syndicats, entreprises, parlementaires]. »
The Lighthouse – Clinique juridique
Pour un pavillon humanitaire | 2024
Les obligations des États en matière de secours en mer | 2020
Who is the “most able to assist” ? | 2020
7. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés [HCR-UNHCR]
« Depuis 1950, nous avons fait face à de multiples crises sur plusieurs continents, et nous avons fourni une protection et une assistance vitales aux réfugiés, aux demandeurs d’asile, aux personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et aux apatrides, dont beaucoup n’ont plus personne vers qui se tourner. Nous œuvrons à sauver des vies et à bâtir un avenir meilleur pour des millions de personnes contraintes de fuir leur pays. »
HCR
8. L’Organisation Internationale pour les Migrations [OIM-IOM]
« L’OIM s’efforce de promouvoir des migrations humaines et ordonnées dans l’intérêt de tous. Pour cela, elle offre des services et prodigue des conseils aux gouvernements et aux migrants. Son mandat est de contribuer à faire en sorte que les migrations soient gérées de manière humaine et ordonnée, de promouvoir la coopération internationale en matière migratoire, de faciliter la recherche de solutions pratiques aux problèmes de migration, et enfin de fournir une aide humanitaire aux migrants dans le besoin, qu’il s’agisse de réfugiés, de personnes déplacées ou d’autres personnes déracinées. La Constitution de l’OIM reconnaît explicitement le lien entre la migration et le développement économique, social et culturel, de même que le respect du droit à la liberté de mouvement des êtres humains. »
OIM – IOM
Missing Migrants Project
9. Le Comité international de la Croix-Rouge [CICR-ICRC]
« Le CICR est une organisation humanitaire neutre, impartiale et indépendante, dont la mission est d’apporter protection et assistance aux personnes touchées par les conflits armés et autres situations de violence. […] Parmi nos activités, celle de rétablir le contact: prévenir les séparations, rechercher les personnes disparues et réunir les membres de familles dispersées. Chaque année, le CICR retrouve des membres de familles dispersées, rétablit le contact, réunit des milliers de personnes séparées ou disparues lors d’un conflit armé, de situations de violence, de catastrophes naturelles ou sur le chemin de la migration. »
CICR-ICRC
Rétablir le contact
À voir, le documentaire Numéro 387, disparu en Méditerranée de Madeleine Leroyer, 2019.
10. Médecins Sans Frontière [MSF]
« Parmi nos activités: Assistance aux personnes en migration. Les équipes de Médecins Sans Frontières mettent en œuvre un large éventail de soins: consultations, hospitalisations, interventions chirurgicales, soins psychologiques, soins médico-nutritionnels etc. dans des contextes d’urgence ou de difficultés d’accès aux soins. »
MSF-Fr
Assistance aux personnes en migration
MSF-Search & Rescue
11. Amnesty International
« Nous avons la vision d’un monde où chacun·e peut se prévaloir de tous les droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans d’autres textes internationaux. Pour concrétiser cette vision, notre mission consiste à effectuer des recherches et mener des actions visant à prévenir et faire cesser les atteintes graves à l’ensemble de ces droits. Nos valeurs fondamentales reposent sur notre engagement envers la communauté mondiale de défenseur·e·s des droits humains qui forment notre base de membres. »
Amnesty International
Quitter son pays
12. OXFAM
« Oxfam est un mouvement mondial de personnes qui luttent contre les inégalités pour mettre fin à la pauvreté et aux injustices. Nous travaillons aux côtés des populations de toutes les régions, agissant tant au niveau local que mondial, afin d’apporter un changement durable.
Notre travail repose sur notre engagement en faveur de l’universalité des droits humains. La diversité est notre moteur et nos revendications sont fondées sur l’expérience et des données probantes, en prenant fait et cause pour la lutte contre la pauvreté et les injustices partout dans le monde. Nous adoptons une approche féministe dans toutes nos analyses, nos actions et nos interactions. »
Oxfam International
Migrations
13. Human Rights Watch
« Human Rights Watch enquête sur des abus commis à travers le monde, afin de les dénoncer. L’organisation compte plus de 550 employé(e)s, représentant plus de 70 nationalités, experts sur certains pays, juristes, ex-journalistes et autres oeuvrant pour renforcer la protection accordée aux communautés particulièrement exposées aux risques de violations, aux minorités vulnérables, aux civils dans les zones de guerre, aux réfugiés, ainsi qu’aux enfants dont les droits sont bafoués. Nous faisons pression auprès de gouvernements, de groupes armés et d’entreprises, afin qu’ils changent leurs lois, leurs politiques et leurs pratiques. Afin de garantir notre indépendance, nous refusons toute subvention gouvernementale et examinons soigneusement tous les dons pour nous assurer qu’ils sont conformes à nos politiques, notre mission et nos valeurs. Nous travaillons en partenariat avec d’autres organisations dans le monde entier pour protéger les activistes, dénoncer les auteurs d’abus, et soutenir la quête de justice pour les victimes. »
Human Rights Watch
15. Human Rights
« humanrights.ch s’engage pour les droits humains de tous et de toutes de manière indépendante, passionnée et compétente. Nous informons, conseillons et soutenons celles et ceux qui défendent leurs droits et ceux des autres, au sein de l’espace public, la politique, la justice, les organisations et mouvements ainsi que la formation.
humanrights.ch fait un travail à la fois d’information et de sensibilisation aux droits humains à une époque où ils sont toujours plus remis en question, en Suisse comme ailleurs. Depuis vingt ans, la vision qui nous porte reste la même: tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits. Et c’est notre expérience qui nous permet de contribuer à l’orientation de la politique en matière de droits humains dans notre pays et à la responsabilisation du gouvernement vis-à-vis de ses actions dans le reste du monde. »
Human Rights
Human Rights-Migrations
Criminalisation des défenseurs des droits humains
15. Faculté de Droit et de Science Politique, Aix-Marseille Université, Pôle Transports
Mémoires du Master 2, à consulter:
PERREAU Emilie, Les navires autonomes, 2023
RANCHAIN Emma, La crise migratoire en Méditerranée appréhendée par le droit maritime, 2020
RINCON Clémence, Le sauvetage de la vie humaine en mer, 2020
| Ci-dessous ▼ | Hudson River Scene, John Frederick Kensett, 1857. MET – domaine public.
| Ci-dessous ▼▼ | Photomontage Sea-You Project.


Sea-You | Déroulement
Les personnes embarquées* dans leur vie, sur cette mer méditerranéenne, navigueront entre les côtes de l’Afrique du Nord et celles espérées, mais lointaines et peu accueillantes du continent européen. Lors de leur périple, ces êtres — faussement préparés, comme tout être humain, à tous les possibles y compris à leur propre mort — pourraient se trouver en difficulté, abandonnés à nouveau dans ce désert maritime, vidé de tout avenir, sans la moindre accroche tangible, jusqu’à la soudaineté de cet instant, celui où un seul regard saura se poser sur un détail singulier, sur une lumière particulière — cycliquement éphémère dans sa fidélité — qui, dès lors collectivement remarquée et observée, les orientera naturellement vers elle, grâce au surgissement de cet espoir inouï, la seule force capable de décupler, de manière infinie mais temporaire, cette ultime détermination si dangereusement éphémère.
Au terme de cette distance parcourue à bord de leur embarcation, ces enfants, ces femmes et ces hommes entreront en contact avec une plateforme, stratégiquement placée — faisant elle-même partie, au milieu des flots, d’un ensemble, d’un Archipel de Vigilantes disposé conformément aux régulations internationales en vigueur — sur laquelle ils sauront se mettre en sécurité quelques jours durant, s’appropriant un espace physique et temporel qui leur aura été destiné, quotidiennement et constamment suivis, techniquement, technologiquement, physiquement, humainement accompagnés et protégés au cœur de cette structure salvatrice. Ce laps de vie partagé, parenthèse temporelle des êtres fragilisés, s’étirera dans un temps raisonnable*, jusqu’à leur prise en charge ultime par des équipes de sauvetage qui viendront les recueillir, les accueillir à bord de leurs bateaux et les transporter à destination des ports européens d’où ils pourront poursuivre, Vivants, leur projet de vie, leurs aspirations existentielles humainement légitimes*.
Ainsi, ce point sur la carte, cette tache noire* au bord de l’Europe maritime se transforme en un point-refuge, point de convergence de trajectoires singulières, réunies à bord des Vigilantes avant leur expansion territoriale individuelle, familiale — point d’énergie de vies concentrées à travers leur expérience commune, à travers la compression de l’espace et du temps.
| Ci-dessous ▼ | Réinterprétation & reconstruction à partir d’une figure extraite de « A Generative Theory of Tonal Music ». Les auteurs, Fred Lerdahl et le linguiste Ray Jackendof proposent une méthode afin de théoriser la compréhension inconsciente de la musique chez l’être humain, initialement, dans le cas présent, une réduction temporelle du choral « O Haupt voll Blut und Wunden » issue de la Passion selon Saint Matthieu [BMW 224] de Jean-Sébastien Bach, 1727. Thèse de Laurent Feisthauer à consulter: https://theses.hal.science/tel-03471256v1/file/These_FEISTHAUER_Laurent.pdf
| Ci-dessous ▼▼ | 1 – « Tender-Patform Rig. Offshore », Louisiana. Wikipédia – domaine public. | 2 – La tour Eiffel heurtée par la foudre, 3 juin 1902, 21h20. Cette image est l’une des premières photos jamais réalisées montrant la foudre dans un environnement urbain. Extrait de « Tonnerre et éclairs », de Camille Flammarion. Wikipédia – domaine public. | 3 – « A picture of the antenna arrangement on the U.S. aircraft carrier USS Lexington (CV-16) in 1944/45 », U.S. Navy Naval Aviation News March 1946. Wikipédia – domaine public. | 4 – Looking for Lost Baggage, Lewis Wickes Hine, Ellis Island, New-York, 1905. Wikipédia – domaine public.


Sea-You | Caractéristiques
Préambule
Le Sea-You Project est une initiative en cours de développement visant à offrir des points de refuge temporaires en mer pour les personnes en détresse. Pensé comme un archipel flottant de bateaux-plateformes, il cherche à répondre à une question simple: comment offrir un abri et une assistance minimale aux naufragés délaissés de la Méditerranée ?
Dès l’origine, plusieurs scénarios ont été envisagés pour la conception et le fonctionnement de ces plateformes:
-
- Sans équipage à bord, les plateformes sont pilotées à distance par une intelligence artificielle sous supervision humaine au sol. Définies comme des navires autonomes, elles sont capables de naviguer et de se positionner dynamiquement, en s’adaptant aux conditions et aux événements. Elles peuvent également se déplacer de manière proactive vers les embarcations situées à une distance raisonnable des Vigilantes.
- Un contrôle principalement terrestre, appuyé par des systèmes intelligents et une intervention humaine minimale. Les plateformes conservent leur capacité de navigation et de positionnement dynamique, tout en étant capables d’interactions proactives en fonction des besoins.
- Une équipe réduite est présente pour accueillir, sécuriser et assister temporairement les naufragés, sous supervision d’une équipe au sol. Cette option privilégie une approche low-tech pour maximiser la faisabilité opérationnelle. Bien que dépourvues de navigation autonome, les plateformes maintiennent un positionnement dynamique, potentiellement opéré par l’équipage.
Les réflexions en cours nous ont amenés à privilégier l’option d’un mini équipage à bord, pour plusieurs raisons:
-
- L’accueil et l’accompagnement humain des rescapés, difficilement remplaçables par des systèmes automatisés.
- Une meilleure réactivité en cas de situation d’urgence à bord.
- Une approche plus adaptée aux réalités opérationnelles du sauvetage en mer.
Les éléments abordés dans les caractéristques principales et secondaires qui suivent illustrent cette démarche encore en évolution, les recherches en cours et les allers-retours nécessaires — parfois peut-être contradictoires — pour aboutir à la meilleure option. L’objectif est d’aboutir à une solution conforme au droit international et maritime, tout en restant réaliste techniquement et technologiquement, et en plaçant l’humain au cœur des préoccupations – tant les migrants secourus que ceux qui leur viendront en aide et leurs conditions de travail.
Caractéristiques principales {a}
1a – Objet flottant
Les plateformes Sea-You sont des structures robustes conçues pour résister aux conditions maritimes les plus exigeantes. Leur flottabilité, premier niveau de sécurité, leur permet simplement de se maintenir à flot, mais leur conception vise l’insubmersibilité, cet état où, malgré les forces et les imprévus de la mer, elles demeurent inaltérables et sûres. Composées de matériaux de haute résistance, mis au service de systèmes de flottaison avancés, elles offrent une sécurité maximale aux personnes en détresse, leur servant temporairement de refuge et ce, jusqu’à ce qu’elles soient définitivement secourues, acheminées vers des ports sûrs.
Mais au-delà de leurs simples fonctions techniques, ces plateformes incarnent également un symbolisme réel: celui de l’objet flottant, notion issue de la thérapie, qui offre un point d’ancrage et de réconfort au sein d’un environnement hostile. Le projet Sea-You ne se contente pas de préserver des vies; il devient une balise de soutien et d’espoir, flottant dans l’immensité de la mer, prête à accueillir ceux qui en éprouvent, à mourir, la vitale nécessité.
2a – Abris maritimes
Les Vigilantes sont des abris maritimes conçus et dimensionnés pour offrir une sécurité et une protection continues à leurs occupants temporaires, quelles que soient les conditions maritimes [vagues, vents forts] ou météorologiques [intempéries, températures hivernales ou estivales]. Construites conformément aux règles internationales de sécurité maritime [convention SOLAS], ces structures peuvent accueillir 150 personnes dans des conditions spartiates.
Chaque refuge est ouvert mais couvert, ponctué de conteneurs maritimes adaptés et rendus habitables, mis à disposition des personnes les plus vulnérables parmi celles secourues. En cas d’extrême nécessité, chacune des plateformes est en mesure d’abriter près de 300 personnes, grâce à un aménagement initial, certes dépourvu de tout luxe superflu, mais composé de vastes surfaces, comprises dans une spatialité généreuse.
3a – Visibilité des plateformes
Chaque plateforme est surmontée d’un phare, visible par tout type de temps, de jour comme de nuit, dans un rayon minimal de 25 km, remplissant ainsi sa fonction de signe et de repère, d’espoir et de réconfort pour ceux qui se trouvent en difficulté en mer. La forme sphérique de notre Terre crée un horizon qui masque et invisibilise, leur Vie minuscule*, ou tout objet en fonction de sa taille et de son éloignement vis-à-vis d’un observateur. La portée dite géographique d’un phare se calcule à partir de trois paramètres: l’élévation de la lumière du phare par rapport au niveau de la mer, l’élévation de l’œil de l’observateur par rapport à la surface de l’eau et la réfraction atmosphérique.
Ce phénomène physique, dû aux variations de la densité atmosphérique, vient ainsi modifier, en allongeant légèrement, la portée des rayons lumineux en comparaison de ceux purement rectilignes. Une source lumineuse, disposée à une hauteur de 43 mètres au-dessus du niveau de la mer, et observée depuis la surface de l’eau, est visible dans un rayon de 25 km. À titre indicatif: pour une hauteur de 60 m, la visibilité atteint 30 km; pour une hauteur de 84 m, elle atteint 35 km; pour une hauteur de 108 m, elle atteint 40 km; et pour une hauteur de 300 m, comme celle de la tour Eiffel, la visibilité s’étend à 67 km.
4a – Détection des objets périphériques
Pour assurer la sécurité des activités des plateformes, qu’elles soient en mouvement ou immobiles, chacune d’entre elles est équipée de systèmes de détection multi-capteurs comprenant un radar [ondes électromagnétiques], un sonar [ondes acoustiques] et un lidar [détection et télémétrie par imagerie laser]. Inspiré par le projet MARINA, financé par l’UE dans le cadre du programme Horizon 2020 pour améliorer la gestion du trafic maritime et préparer l’avenir de la navigation autonome, ce système de détection avancé contribue à la sécurité en identifiant les objets périphériques présentant un risque pour la navigation.
Ce dispositif intègre des caméras optiques et thermiques ainsi qu’un lidar laser, permettant une analyse détaillée de l’environnement maritime. La suite de capteurs LADAR, comblant une lacune importante dans la détection de surface proche, complète les systèmes sonar et radar pour le balayage en surface et sous-marin. Coordonnés par des algorithmes d’apprentissage automatique, ces capteurs œuvrent ensemble pour détecter tout obstacle et évaluer le risque de collision. Lorsqu’un obstacle est identifié sur une trajectoire de collision – qu’il s’agisse d’un navire de pêche, d’un filet dérivant ou d’autres objets flottants – le système LADAR alerte l’équipage ou toute entité de contrôle en temps réel, renforçant ainsi la sécurité et l’efficacité des opérations maritimes.
5a – Contrôle à bord, systèmes d’urgence automatisés ou proactifs
Équipées des Systèmes d’Identification Automatique, SAI-AIS [échanges automatisés de messages entre navires et systèmes de surveillance du trafic; cette technologie permet d’établir à la fois l’identité, le statut, la position et de déterminer les route empruntées par les navires], de radios VHF/HF, de téléphones satellitaires et de balises EPIRB [balises de détresse capables d’émettre pratiquement sans aucune interférence], les plateformes assurent une communication continue et autonome avec les équipes à terre.
Les occupants temporaires peuvent également alerter directement les services d’urgence qui gèrent les plateformes depuis la terre. Le système de surveillance comprend un réseau de caméras et de capteurs météorologiques, permettant de contrôler en temps réel les conditions environnementales et structurelles. Conçu pour être respectueux et non invasif, le système peut documenter les arrivées, surveiller les comportements hostiles et détecter les situations d’urgence grâce à un système d’alerte automatique. Des capteurs internes surveillent l’état de la structure et de l’équipement.
Ces systèmes automatisés doivent être utilisés éthiquement, dans un cadre d’opérations humanitaires, et donc éviter à tout prix toute dérive sécuritaire, toute surveillance exacerbée qui irait à l’encontre des fondements des libertés individuelles. Selon le degré d’autonomie choisi quant au fonctionnement des plateformes, la présence d’une équipe d’assistance sur place pourrait également contribuer à améliorer les prises de décisions et le suivi de toute opération nécessaire.
6a – Durée et débarquement
Les plateformes sont positionnées de manière annuelle, assurant un fonctionnement continu, à l’exception des périodes de maintenance qui nécessitent leur mise en cale sèche dans un chantier naval sur le continent ou sur une île proche. Cela signifie que des utilisateurs temporaires peuvent être accueillis en permanence sur ces installations, mais pour des durées strictement limitées, dans l’intérêt de leur sécurité, de leur bien-être et de leur santé physique et mentale. Après s’être réfugiées sur les plateformes pour un bref séjour, idéalement compris entre un et sept jours, toutes les personnes seraient recueillies à bord de bateaux [garde-côtes, ONG, etc.] et acheminées vers des ports sûrs afin de poursuivre leur projet de vie sur la terre ferme, incluant finalement l’éventuelle dépose d’une demande d’asile sur le territoire européen.
Débarquement rapide dans un lieu sûr:
Selon la Résolution MSC.167 [78] adoptée par le Comité sur la Sécurité Maritime en 2004 [Directives sur le traitement des personnes secourues en mer de l’Organisation maritime internationale], un lieu sûr […] correspond à un emplacement où les opérations de sauvetage sont censées prendre fin et où:
« La vie et la sécurité des personnes n’est plus menacée. »
« Il est possible de subvenir à leurs besoins fondamentaux [abris, vivres, soins médicaux]. »
« Le transport des personnes sauvées vers leur destination suivante ou final peut s’organiser. »
| Ci-dessous ▼ | 1 – « The War Room with the Big Board in the film », Dr. Strangelove, directed by Stanley Kubrick, 1964, distributed by Columbia Pictures. Wikipédia – domaine public. | 2 – The first automatically operated wind turbine, built in Cleveland in 1887 by Charles F. Brush. It was 60 feet [18 m] tall, weighed 4 tons [3.6 metric tonnes] and powered a 12 kW generator, Unknown author. Wikipédia – domaine public. |3 – Still Life with Lobster, Anne Vallayer-Coster, 1817. Wikipédia – domaine public. | 4 – Le badguir, tour à vent permttant une ventilation naturelle, élément traditionnel de l’architecture persanne, Yazd, Iran. | 5 – Human anatomy, date unknown, anatomical illustration is from the book Kanshin Biyō, by Bunken Kagami. https://medimagery.com/history-of-medical-illustration-through-the-world/

Caractéristiques secondaires {b}
1b – Des opérations observées, surveillées et réalisées à distance
Une équipe d’experts à terre, éventuellement soutenue par une équipe restreinte sur chaque plateforme, supervise à distance toutes les opérations des Vigilantes à l’aide d’un réseau de capteurs et de caméras stratégiquement positionnés, permettant de surveiller en temps réel les conditions environnementales, les besoins médicaux et les opérations de navigation. Ce système de surveillance pourrait intégrer des technologies avancées qui rendent possibles le contrôle de la plateforme, le diagnostic médical et la gestion des équipements, tout en maintenant un niveau élevé de respect de la vie privée et de la dignité des occupants.
La navigation et le positionnement dynamique sont réglés à distance afin d’assurer une stabilité et une sécurité optimales, tandis que la télémédecine fournit une assistance médicale réactive sans qu’une présence intrusive soit nécessaire. Cette approche garantit une assistance complète et non intrusive, optimisant la sécurité et l’autonomie sur chaque plateforme.
2b – Degré d’autonomie des plateformes
Les degrés d’autonomie, tels qu’ils sont définis et proposés à ce jour par l’Organisation maritime internationale [OMI], placeraient les plateformes entre les degrés 2 et 3 [à préciser ultérieurement]. Ces degrés d’autonomie ont été identifiés dans le cadre de l’exercice de scoping – un exercice de cadrage réglementaire sur les navires de surface autonomes maritimes visant à évaluer l’adaptabilité des instruments existants de l’OMI pour leur application aux navires utilisant différents niveaux d’automatisation [2021]:
Premier degré: navire doté de processus automatisés et d’une aide à la décision. Les marins sont à bord pour exploiter et contrôler les systèmes et fonctions du navire. Certaines opérations peuvent être automatisées et parfois non supervisées, mais les marins sont à bord prêts à prendre le contrôle.
Deuxième degré: navire télécommandé avec des marins à bord. Le navire est contrôlé et exploité depuis un autre endroit. Le personnel de mer est disponible à bord pour prendre le contrôle et faire fonctionner les systèmes et les fonctions du navire.
Troisième degré: navire télécommandé sans marins à bord; le navire est contrôlé et exploité depuis un autre endroit. Il n’y a pas de marins à bord.
Quatrième degré: navire entièrement autonome; le système d’exploitation du navire peut prendre des décisions et déterminer des actions par lui-même.
3b – Autonomie énergétique à bord
L’autonomie énergétique des Vigilantes repose sur une combinaison de technologies renouvelables et de solutions hybrides, garantissant un fonctionnement continu, y compris dans des conditions de mer variables. Les plateformes sont équipées de capteurs solaires et d’éoliennes à axes verticales optimisées pour les vents marins, assurant une production constante d’électricité afin de sustenter prioritairement les instruments de bord, les dispositifs de communication et les capteurs nécessaires au bon fonctionnement et à la sécurité des installations.
De plus, des moteurs hybrides alimenté par du fioul issu de la pyrolyse de déchets plastiques peut fournir une source d’énergie d’appoint. Ce carburant contribue à une approche pragmatique en valorisant les résidus plastiques, tout en soutenant des initiatives de gestion et donc de récupération de ces matériaux et autres détritus autour du bassin méditerranéen. Ce moteur hybride est essentiel pour la navigation, le positionnement dynamique et le maintien de la stabilité de la plateforme en mer. Chaque plateforme peut ainsi se déplacer, atteindre des zones de sauvetage spécifiques, ou éviter, le cas échéant, des conditions défavorables.
Des batteries de stockage avancées, telles que les batteries lithium-fer-phosphate [LiFePO4], sont intégrées pour stocker l’énergie produite par les sources renouvelables, secondées par le moteur hybride. Ces batteries, reconnues pour leur stabilité thermique et leur longévité, sont chargées dès que les conditions le permettent et elles sont capables de fournir de l’énergie lors des pics de consommation ou pendant les périodes de faible production solaire et éolienne.
Un système de gestion intelligent régule la consommation d’énergie en fonction des besoins prioritaires, optimisant l’utilisation des batteries et du moteur hybride pour maximiser l’autonomie. Par exemple, il active le moteur hybride uniquement lorsque les batteries sont faibles et que la production solaire et éolienne est insuffisante.
Pour renforcer la résilience en mer, une redondance énergétique est souhaitée: des réserves de carburant pour les moteurs hybride et des batteries de secours garantissent la continuité des systèmes essentiels. Enfin, des évaluations périodiques permettraient d’actualiser les technologies et d’intégrer, si possible, des solutions innovantes d’autonomie énergétique, offrant aux plateformes l’opportunité de jouer un rôle dans l’innovation scientifique et technologique.
4b – Habitabilité et confort
Les zones de vie, mises à disposition des abrités, sont conçues de manière rigoureuse et pragmatique, fondées sur des solutions simples et économiques. Des conteneurs maritimes de 40 pieds¹, transformés, adaptés et isolés en cabines d’hébergement, offrent des espaces de protection aux personnes les plus vulnérables, notamment en cas d’intempéries ou de grand froid. Au sein des robustes plateformes, ces conteneurs sont conçus pour fournir un abri tangible et sécurisé tout en restant simples et peu coûteux à installer et à entretenir. Des options supplémentaires, telles que des meubles convertibles et multifonctionnels pour dormir, manger et s’asseoir, permettent d’optimiser l’espace disponible sans ajout de complexité technologique.
Des solutions de faible technicité, comme de grandes bâches amovibles, servent de rideaux ou d’écrans pour délimiter l’espace et protéger contre des éléments tels que le vent. Faciles à installer et à entretenir, elles sont parfaitement adaptées à un environnement maritime où la durabilité et la simplicité sont essentielles.
Par ailleurs, une tour à vent inspirée des badgirs iraniens [du persan بادگیر / bâdgir, « attrape-vent »] est installée sur le toit de chaque plateforme. Cette structure traditionnelle permet d’évacuer l’air chaud accumulé dans l’espace de vie grâce à l’effet de cheminée, généré par les différences de température et la convection naturelle.
La tour, qui peut également supporter le mât du phare placé en hauteur, améliore la ventilation naturelle, créant un environnement intérieur plus tempéré. Cette approche globale, basée sur des solutions robustes, économiques et simples inspirées des savoirs ancestraux, garantit un abri efficace et adapté aux besoins des occupants dans un environnement potentiellement hostile.
1. Dimensions: 12,19 x 2,44 x 2,59 m. V= 67 m³. Poids à vide: 3,5 T
5b – Eau, nourriture et vêtements à bord
Les plateformes sont approvisionnées en eau potable et en nourriture, stockées dans des zones dédiées pour garantir des conditions de conservation optimales. L’eau est transportée et conservée dans différents types de contenants, notamment des réservoirs de grande capacité et des citernes souples, permettant une gestion efficace des volumes et une conservation adaptée. Elle est distribuée par des bornes-fontaines judicieusement positionnées sur les Vigilantes, fonctionnant par gravité pour offrir un accès simple, fiable et totalement autonome, sans dépendre d’une source d’énergie externe.
Les réserves alimentaires sont régulièrement réapprovisionnées par les navires de maintenance. Les denrées solides, conçues pour ne pas nécessiter de préparation culinaire, sont proposées sous différentes formes pratiques, comme des rations de survie, des rations prêtes à l’emploi ou des conserves. Ces aliments, produits de manière industrielle ou par des collectifs humanitaires dédiés à l’aide aux migrants, sont pensés pour une utilisation rapide et simple. Leur distribution peut être automatisée ou assurée par du personnel d’appoint, selon les besoins, afin d’optimiser la gestion des stocks et leur accessibilité.
Options alimentaires détaillées:
– Rations de survie type Seven OceanS: un m³ équivaut à 11 880 repas, suffisants pour nourrir 300 personnes pendant 40 jours, pour un coût total de 7 700 euros.
– Rations autochauffantes [inspirées des kits MRE, Meals Ready to Eat]: prêtes à l’emploi avec activation par ajout d’eau, ces kits coûtent 12 euros pour 24 heures, soit 47 770 euros pour 11 880 repas.
– Boîtes de conserve premium pour rations d’urgence: chaque lot de 52 boîtes [20,8 kg] représente 27 760 kcal, soit l’équivalent de 106 repas à 1 982 kcal/jour pour 675 euros, soit 75 650 euros pour 11 880 repas.
En complément, les plateformes stockent également des vêtements de rechange et des kits d’hygiène à disposition de chaque personne ayant trouvé refuge sur l’une des Vigilantes. Ces services de base – eau potable, nourriture, vêtements, hygiène, accès aux douches et toilettes – font partie des droits fondamentaux accordés à toute personne secourue.
6b – Suivi médical et soins à bord
La conception médicale des Vigilantes repose sur un système de télémédecine avancé, permettant une surveillance à distance des occupants tout en garantissant un accès rapide aux soins essentiels. Des dispositifs de communication sécurisés facilitent les consultations en temps réel avec des équipes médicales spécialisées, capables de diagnostiquer et d’administrer les premiers soins dans une grande diversité de situations médicales. Les occupants sont en effet susceptibles de souffrir de troubles liés aux conditions environnementales, comme l’insolation, la malnutrition, la déshydratation sévère, la gale, le scorbut, ou encore de brûlures chimiques dues à l’exposition prolongée à des mélanges de carburant et d’eau salée.
Ils peuvent aussi présenter des blessures résultant de violences subies en centres de détention ou d’autres accidents. Les affections dermatologiques, telles que les infections cutanées ou fongiques causées par l’humidité et l’insalubrité, peuvent nécessiter des soins spécifiques. Des urgences liées à la grossesse et à l’accouchement peuvent survenir, tout comme des détresses psychologiques ou post-traumatiques graves, nécessitant un soutien psychologique adapté et, dans certains cas, une intervention thérapeutique à distance.
En outre, le risque de contagions graves telles que le Covid-19, Ebola, la grippe aviaire ou la variole du singe est une préoccupation majeure, d’où la présence de capteurs pour détecter tout signe d’infection et activer des protocoles de quarantaine si nécessaire. En option, une petite équipe médicale pourrait être présente à bord pour prodiguer des soins directs et administrer des traitements spécifiques. Enfin, des mesures rigoureuses d’hygiène et des protocoles de nettoyage devront être appliqués pour minimiser le risque de contamination et garantir un environnement sain aux occupants.
Pour surveiller l’état de santé des occupants en continu, chaque plateforme pourrait être équipée d’une station de contrôle fixe. Cette station centralisée permettrait aux occupants de mesurer leurs paramètres vitaux essentiels, à savoir: la température corporelle, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la pression artérielle, et la saturation en oxygène [SpO₂]. Conçue pour un usage simple et collectif, cette station inclurait des thermomètres sans contact, des oxymètres de pouls et des tensiomètres, permettant un suivi rapide et accessible pour tous les occupants.
En complément de cette station fixe, d’autres dispositifs portables et individuels pourraient être envisagés pour une surveillance plus personnalisée. Des bracelets ou montres connectées, des patchs biométriques adhésifs et des capteurs portatifs multifonctions offriraient des options pratiques et peu invasives. Ces dispositifs, reliés à une application de télésurveillance intégrée, transmettraient les données à l’équipe médicale à distance, assurant une réaction rapide en cas de signes inquiétants et renforçant la sécurité médicale des occupants.
7b – Modularité fonctionnelle et collaboration scientifique
Les plateformes pourraient être équipées d’instruments de mesure afin de collecter des données météorologiques et environnementales, assurant ainsi une double fonction de refuge et de station de recherche en mer. La construction elle-même permettrait d’intégrer des capteurs de surveillance du climat, tels que des stations météorologiques pour mesurer la température, l’humidité, la pression atmosphérique et la vitesse du vent à différentes hauteurs [jusqu’à 50 mètres, par exemple].
Des instruments océanographiques, comme des capteurs de salinité, de température de surface, de courants océaniques et de biodiversité, pourraient également être installés pour fournir des données précieuses sur l’état des océans. La conception modulaire des plateformes faciliterait l’ajout ou la modification de ces équipements en fonction des besoins des projets de recherche.
Les données collectées seraient transmises directement aux organismes de recherche sans intervention humaine, optimisant ainsi la sécurité et l’autonomie des plateformes. Néanmoins, la présence d’équipes scientifiques serait envisageable, mais uniquement de manière simultanée avec celles, éventuellement présentes, dédiées au secours et à l’accueil des usagers. En collaborant avec des organismes scientifiques et en collectant ces données environnementales, les Vigilantes apporteraient ainsi, également, une contribution précieuse à la recherche scientifique.
| Ci-dessous ▼ | der Hafen erwacht, Leonhard Sandrock.

Emplacement
Les plateformes du projet Sea-You sont positionnées dans une zone SAR [Search & Rescue] européenne stratégique, située entre l’Afrique du Nord et les côtes italiennes. Une fois déployées, les Vigilantes restent stationnaires grâce à un système de positionnement dynamique [DP]. Toutefois, et si nécessaire, elles peuvent également se déplacer de manière autonome, à l’instar des véhicules de surface autonomes [USV], dans les zones SAR adjacentes, celles placées sous responsabilité libyenne ou tunisienne.
Cette liberté de mouvement leur permet de rejoindre à nouveau les zones SAR maltaise et italienne initiales, limitant ainsi les risques de confrontation avec des patrouilleurs hostiles. Dans la zone de déploiement prévue, et afin de renforcer leur sécurité, les Vigilantes sont positionnées en dehors même de la ZEE libyenne.
Ces plateformes ne sont pas ancrées, ce qui élimine de facto toute obligation de demande d’autorisation auprès de l’État côtier [article 60 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, CNUDM]. Les Vigilantes stationnent ou naviguent ainsi librement, conformément au régime de haute mer en vigueur [articles 58 et 87 de la CNUDM].
Les plateformes sont transportées vers leur zone d’opération par des remorqueurs de haute mer, en provenance d’un ou plusieurs chantiers navals choisis en fonction de deux critères: la proximité des sites de production et d’assemblage avec les zones de déploiement du projet Sea-You, et la disponibilité d’infrastructures adaptées pour accueillir les plateformes lors de leur maintenance en cale sèche.

| Carte ci-dessus ▲ | pointillés rouges & noirs: limites maritimes de l’Espace Schengen, surveillance de l’agence Frontex/Traits rouges: côtes concentrant les points de départ des migrants | Traits noirs: murs, clôtures métalliques, barrages filtrants | Pays en rose: Espace Schengen, zone théorique de libre circulation/Pays en pointillés rouge: principaux pays de transit des migrants, soit: Albanie, Macédoine du Nord, Kosovo, Monténégro, Serbie & Bosnie-Herzégovine/Pays à diagonales rouges: pays candidats à l’Espace Schengen, soit: Roumanie & Bulgarie | Carte reconstitués à partir du Numéro 194 du Monde diplomatique, Manière de voir, avril-mai 2024.
| Cartes ci-dessous ▼ | lignes rouges: limites des zones économiques exclusives [ZEE]. Lignes noires: limites des zones Search & Rescue [SAR]. Du nord au sud: Zone SAR italienne [rouge foncé], maltaise [rouge intermédiaire] et libyenne [rouge clair]. Zone hachurée verticalement: chevauchement entre les Zones SAR maltaise et italienne. Zone hachurée en noir: ZEE libyenne + Zone SAR libyenne.
| Ci-dessus ▲ | Surface rouge & croix blanches: zone d’intervention et de positionnement du projet Sea-You. Disques rouges: aire de visibilité de chaque plateforme dans un rayon de 25 km.
Délimitations d’intervention: 11’23°- 13’30° E/34’20°- 35’15° N. Les Vigilantes sont positionnés dans une zone maritime de 19 136 km² [99 NM x 56 NM], située aux limites extérieures des zones SAR tunisienne et libyenne, et relevant donc de la zone SAR maltaise et, par conséquent, d’une zone de secours européenne; celle-ci est située au-dessus du plateau maritime dit de la tunisienne orientale, à une profondeur approximative de 100 m.
Tout point situé dans le rectangle rouge & croix blanches se trouve à une distance maximale de 70 km de l’île de Lampedusa.
À titre indicatif, les bateaux et autres patrouilleurs des garde-côtes italiens, Guardia Costiera, peuvent atteindre généralement des vitesses moyennes de 15 à 24 nœuds [28 à 44 km/h]. À ces vitesses, la distance de 70 km peut être parcourue en 1 heure 30 à 2 heures 30 environ.
Les bateaux humanitaires actifs en Méditerranée ont des vitesses moyennes qui oscillent entre 10 à 15 nœuds [19 à 28 km/h]. À ces vitesses, la distance de 70 km peut être parcourue en 2 heures 30 à 3 heures 40.

| Ci-dessus ▲ | Cartes illustrant les trajets menés par l’ONG SOS Méditerranée depuis l’introduction du décret-loi Piantedosi par le gouvernement italien au début de l’année 2023.
En rouge: trajet de retour imposé[s] par les autorités italiennes après généralement un seul sauvetage en mer. En noir, trajet effectué[s] afin de rejoindre une nouvelle zone de recherche et de sauvetage. Ces parcours tracés, entre un point ultime de sauvetage et un port attribué, indiquent le parcours hypothétique suivi par le bateau de l’ONG.
Carte 1 – Port de départ: 29.06.24 – Syracuse 37°05′00″N 15°17’00″E et Port d’arrivée: 13.07.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E/261 personnes secourues | Trajet du retour: 540 NM – 1 000 Km.
Carte 2 – Port de départ: 12.06.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E et Port d’arrivée: 20.06.24 – Civitavecchia 42°06 00″N 11°48′00″E | 54 personnes secourues | Trajet du retour: 550 NM – 1 020 Km.
Carte 3 – Port de départ: 22.05.24 – Ancona 43°37′00″N 13°31′00″E et port d’arrivée: 29.06.24 – Marina di Carrara 44°02′17″N 10°02′44″E | 64 personnes secourues | Trajet du retour: 648 NM – 1 200 Km.
Carte 4 – Ensemble de 5 opérations représentées: un total de 481 personnes secourues pour 2 643 NM – 4 895 Km parcourus lors des retours aux ports de débarquements assignés par les autorités pendant ou à la suite des opérations de sauvetages.
Le 12 décembre 2024, l’ONG MSF annonçait:
« Médecins Sans Frontières annonce la fin des opérations de son navire de sauvetage, Geo Barents, qui était opérationnel depuis juin 2021. Les lois et politiques italiennes ont rendu impossible la poursuite de ses opérations selon les modalités actuelles. […] Au cours des deux dernières années, le Geo Barents a fait l’objet de quatre sanctions de la part des autorités italiennes, imposant un total de 160 jours d’immobilisation au port. Ces sanctions, qui ne servaient qu’à punir le navire pour avoir rempli son devoir humanitaire et légal de sauver des vies en mer, découlent du décret Piantedosi, une loi introduite par le gouvernement italien au début de l’année 2023.
En décembre 2024, l’Italie a encore intensifié la sévérité des sanctions en facilitant et en accélérant la confiscation des navires de recherche et de sauvetage humanitaires. La pratique des autorités italiennes consistant à désigner des ports éloignés, souvent dans le nord du pays, pour débarquer les personnes secourues, a encore réduit la capacité du Geo Barents à sauver des vies en mer et à être présent dans les zones où il est utile. Depuis l’entrée en vigueur du décret Piantedosi, le Geo Barents a passé la moitié de l’année à faire des allers-retours vers des ports éloignés, au lieu de porter assistance aux personnes en détresse. Ainsi, en juin 2023, les autorités italiennes ont demandé au Geo Barents, qui peut accueillir jusqu’à 600 personnes à bord, de se rendre à La Spezia, dans le nord de l’Italie, pour débarquer 13 rescapés. Cela a représenté une navigation de plus de 1 000 kilomètres, en dépit de l’existence de ports beaucoup plus proches ».
| Ci-dessous ▼ | Trois cercles de 25 km de rayon posés sur le Lac Léman qui représentent, visuellement et symboliquement, à l’échelle du territoire lémanique, le positionnement de trois plateformes soit la portée du projet Sea-You. Le lac Léman a une longueur de 72,8 km et sa largeur maximale est de 13,8 km. Le pourtour du lac fait 200 km et sa superficie totale est de 582,4 km².

« Si vous voulez, la tour Eiffel pour les jeunes, c’est comme quelque chose, c’est comme un objectif en fait. Tu vois, on est sur la mer, tout ce qui nous permet de tenir en vie, c’est comme un phare, c’est ça, au bout du tunnel, un phare qu’on voit quand on est sur la mer et qui fait sombre, cette lumière qui nous dit que la ligne d’arrivée est juste là-bas. »
Mineur non accompagné, Jeunesses africaines en exil, Radio France. |
À écouter: Jeunesses africaines en exil


Europe
En 2018, la Libye a unilatéralement proclamé la création de sa propre zone SAR — une annonce initialement faite en 2017, mais rapidement retirée faute de capacités techniques — officiellement reconnue par l’OMI [Organisation maritime internationale], une institution spécialisée des Nations Unies.
Un mois avant cette annonce, la Commission européenne a validé un budget de 42 millions d’euros afin d’apporter une aide financière, technique et matérielle à la Libye. L’Europe participe activement à la formation des équipages libyens, tandis que l’Italie a notamment offert six patrouilleurs aux autorités libyennes.
La présence des gardes-côtes libyens dans la zone SAR maltaise, leur non-respect des limites de leur juridiction en étendant leur souveraineté à l’ensemble de leur ZEE, ainsi que leur comportement agressif, dangereux, voire criminel, démontrent que la Libye viole régulièrement le droit international, les droits de l’Homme et le droit de la mer. De facto, l’Union européenne est à la fois complice et responsable de ces agissements.
| Ci-dessous ▼ | Une capture d’écran tirée d’une vidéo de l’ONG Sea-Watch documentant des tirs dirigés contre une embarcation de migrants par les gardes-côtes libyens. Enquête complète du journal Le Monde: Enquête sur le rôle de l’Europe dans le piège libyen

Dans le dispositif de surveillance mis en place par Frontex — l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, qui aide les États membres de l’UE et les pays associés à l’espace Schengen à gérer les frontières extérieures et à lutter contre la criminalité transfrontalière — le contrôle aérien de cette portion stratégique de la Méditerranée centrale est assuré par un drone basé sur l’île de Malte.
Une enquête menée par le journal Le Monde a révélé qu’entre le 1er juin et le 31 juillet 2021, ce drone a passé 86 % de son temps de vol dans la zone SAR libyenne [et 14 % dans la zone SAR maltaise]. Selon Alarm Phone, 52 % des situations de détresse enregistrées durant cette période ont eu lieu dans la zone SAR libyenne.
L’Europe a ainsi délibérément choisi d’externaliser le contrôle de ses frontières à la Libye, l’encourageant à intercepter les embarcations de migrants et à les refouler avant qu’ils n’atteignent un territoire maritime sous responsabilité européenne. Entre janvier 2017 et septembre 2021, 70 000 personnes tentant de fuir la Libye ont été ramenées de force sur le continent africain, où elles ont souvent été soumises à la détention arbitraire, à l’extorsion, à la violence, à la torture et à l’esclavage — comme l’a documenté un rapport d’enquête des Nations Unies publié en 2018.
| Ci-dessous ▼ | Une carte qui est le fruit d’une enquête menée par l’agence Border Forensics. On y observe le point de départ du drone, situé sur l’île de Malte, ainsi que les différents trajets effectués au-dessus des zones SAR maltaise et libyenne. À noter le trajet prioritaire du drone , ici en bleu clair: il longe scrupuleusement la frontière tunisienne et couvre de manière systématique les routes migratoires reliant les côtes libyennes à l’île de Lampedusa. Enquête complète: Airborne Complicity

Le 21 janvier 2025, un milicien libyen, responsable de la prison de Mitiga à Tripoli et haut responsable de la police judiciaire libyenne, faisant l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale [CPI] pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, notamment meurtre, torture, réduction en esclavage et violences sexuelles, commis depuis février 2015, a été rapatrié par le gouvernement italien vers Tripoli.
Pourtant arrêté à Turin alors qu’il s’y rendait pour assister à une rencontre footballistique, il a été libéré à la suite d’une décision de la cour d’appel de Rome, qui a invoqué un vice de procédure. Cette décision, hautement politique, révèle une fois de plus la duplicité de la politique migratoire italienne et européenne, oscillant entre discours humanitaire et compromission avec les milices libyennes.
L’Italie, pourtant signataire du Statut de Rome et donc tenue de coopérer avec la Cour pénale internationale, a décidé de ne pas respecter ses obligations.
L’Italie a sciemment contourné ses engagements internationaux pour protéger un homme accusé des pires atrocités.
L’Italie a relégué le droit international au second plan face à ses impératifs politiques et stratégiques.
L’Italie négocie avec les autorités et les factions libyennes pour limiter les arrivées de migrants en Europe.
L’Italie a scellé un pacte tacite, cynique, où financements et matériel s’échangent contre le blocage des départs et la répression des migrants sur le sol libyen.
En février 2025, des fosses communes contenant plus de 90 corps ont été découvertes dans l’est et le sud-est de la Libye, dans les régions de Jikharra et de Kufra. Ces exhumations, rapportées par l’Institut national pour les droits humains en Libye, ont été réalisées par des équipes médicales intervenant à proximité de centres de détention non officiels. Ces dépouilles appartiennent à des êtres humains exilés, détenus illégalement, qui ont été violentés avant d’être exécutés ou qui ont succombé aux sévices subis. Interrogée, sollicité, la Commission européenne a déclaré qu’elle prenait « note du rapport faisant état de cette constatation effroyable concernant les fosses communes » et a ajouté qu’« il est impératif de continuer à tout mettre en œuvre pour aider la Libye à instaurer un système global de gouvernance et de gestion des migrations fondé sur les droits, en renforçant la capacité des acteurs libyens à sauver des vies et à lutter contre les réseaux de passeurs qui profitent du désespoir des populations. »
L’Italie, l’Europe, tout en prétendant défendre les droits de l’Homme, préfèrent assurer la stabilité de leurs accords avec leurs partenaires, la Libye ou la Tunisie, plutôt que de respecter le droit international.
À lire: le défi de Rome à la CPI. À lire: Fosses communes en Libye, février 2025.
« {…} Libya taught me what it means to be dehumanized. Europe teaches me what it means to be erased. {…} These containment machines, led by the UNHCR and IOM, work tirelessly to ensure that those who dare to covet European soil will never taste it. {…} Libya is Europe’s creation, its dark secret, the hell it built to keep its hands clean. {…}. »

Imaginaire
« Les gens qui réussissent sont ceux qui savent s’adapter à la réalité. En revanche, ceux qui persistent à vouloir élargir la réalité aux dimensions de leurs rêves échouent. Et c’est pourquoi tout progrès humain est dû en définitive aux gens qui échouent. »
Simon Leys
« Philippe, très prudent, suivit pour plus de sécurité la route des navires, semée d’îlots factices à tous les degrés, aux points de croisement des longitudes avec les latitudes. On sait que les grandes compagnies maritimes associées ont établi sur les principales routes suivies par les navires des lignes d’îlots factices, échelonnés de vingt-cinq lieues en vingt-cinq lieues, solidement ancrés au sol quand le fond n’est pas trop bas et amarré à un système de bouées immobiles, quand la trop grande profondeur empêche de mouiller des ancres. Sur ces îlots les navires trouvent des dépôts de vivres, des magasins pour les réparations et, en cas de malheur, des maisons ou tout au moins des baraquements. Les services qu’ils ont rendus à la navigation depuis vingt ans sont immenses. Les compagnies espèrent arriver un jour à garnir toutes les mers de ces îles factices. Le jour où ce grand projet sera réalisé, les sinistres maritimes n’entraîneront plus de pertes d’hommes, puisque les naufragés seront toujours certains de trouver à moins de vingt-cinq lieues, dans n’importe quelle direction, un refuge assuré dans une île factice. […] L’île no 124 était entièrement ronde; elle mesurait trente mètres de diamètre seulement et portait tout simplement le strict nécessaire, une maison de carton-pâte à deux étages, un petit magasin et un sémaphore. Le reste de la superficie formait un jardin planté de quelques arbres et de légumes. C’était le modèle no 2; les îles factices à numéros impairs sont plus importantes: elles ont cinquante mètres de diamètre et trois maisons. Le jardin n’a que deux pieds de terre, ce qui est suffisant sous les tropiques pour produire une belle végétation; les salades et les légumes sont même trop souvent étouffés sous les pousses désordonnées de mille plantes dont les graines ont été apportées par le vent, de terres quelquefois très lointaines. L’île 124 ne devait pas avoir reçu de visites depuis le passage du navire ravitailleur, qui va tous les six mois porter à chaque îlot sa provision de vivres; la terrasse était un fouillis de plantes, d’arbustes et de fleurs formant berceau au-dessus de quelques légumes montés en graines; les lianes grimpaient jusqu’au deuxième étage de la maison, quelques jeunes cocotiers, l’arbre par excellence des îlots et des récifs océaniens, balançaient leur panache au souffle de la brise. »
Albert Robida, Le Vingtième Siècle, Chapitre IX, L’île factice n°124, extraits, 1883.|
| Ci-dessous ▼ | Albert Robida, L’île factice n°124, illustration tirée du livre précité.


« J’ai demandé
au pape François
de ne pas laisser périr
la Hongrie chrétienne. »
Viktor Orbán, Budapest, septembre 2021. |
Le 12 septembre 2021, Viktor Orbán offre au pape François la copie d’une lettre du roi hongrois Béla IV datant du milieu du XIIIe; dans celle-ci, le souverain réclamait de l’aide au pape Innocent IV pour faire face aux incursions des armées mongoles qui menaçaient alors la Hongrie chrétienne.
| Ci-dessus ▲ | L’empire mongol à son apogée en 1300. Wikipédia – domaine public.
« Divers groupes ethniques, minorités,
confessions religieuses et migrants
ont transformé ce pays en
un environnement multiculturel.
Cette réalité est nouvelle et,
du moins au début, effrayante.
La diversité fait toujours un peu peur
parce qu’elle ébranle les acquis
et remet en cause la stabilité obtenue.
[…] Face à la diversité culturelle,
ethnique, politique et religieuse,
nous pouvons avoir deux attitudes:
nous fermer dans une défense rigide
de notre prétendue identité,
ou nous ouvrir à la rencontre des autres
et cultiver ensemble le rêve
d’une société fraternelle. »
Pape François, Budapest, septembre 2021.
« {…} Et je veux le dire encore une fois: si le crucifix ou la crèche vous offensent, alors ce n’est pas ici que vous devez vivre ! Le monde est vaste et regorge de nations islamiques où vous ne trouverez aucun crucifix, parce que les chrétiens y sont persécutés et les églises démolies. Mais ici, nous défendrons ces symboles, ces églises, et nous défendrons notre identité. Nous défendrons Dieu, la Patrie et la famille, et vous devrez vous y faire. Nous lutterons contre l’islamisation de l’Europe, parce que nous n’avons aucune intention de devenir un continent musulman. {…} Mais nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des personnes et nous défendrons notre identité. Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis chrétienne. Tu ne me l’enlèveras pas ! Tu ne me l’enlèveras pas ! {…} »
Giorgia Meloni, meeting politique à Rome, octobre 2019. |
À lire, meeting politique: giorgiameloni.it – Discours intégral
| Ci-dessous ▼ | Claude Lorrain , Paysage avec le repos pendant la fuite en Égypte, 1661. Wikipédia – domaine public.
Jésus, Roi des chrétiens, fut un enfant réfugié. Afin de fuir les foudres du roi Hérode qui décida de faire tuer tous les enfants de moins de deux ans, Marie et Joseph quittèrent Bethléem et se rendirent en Égypte [Évangile selon Matthieu, Mt 2:13-15, traduction de Louis Segond, 1910.]:
Lorsqu’ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr ». Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte. Il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: « J’ai appelé mon fils hors d’Égypte ».
| Ci-dessous ▼▼ | BIA map of Indian Reservations in the Continental United States. An index to the reservations of the map can be found on the National NAGPRA site. This map was compiled from unknown sources by the Bureau of Indian Affairs [BIA] at 1:2 000 000 scale. | – 1. Absentee Shawnee – 2. Acoma – 3. Agua Caliente – 4. Alabama Coushatta – 5. Alabama Quassarte Creeks – 6. Allegany – 7. Apache – 8. Bad River – 9. Barona Ranch – 10. Battle Mountain […] – 102. Hualapai – 103. Inaja – 104. Iowa – 105. Isabella – 106. Isleta – 107. Jackson – 108. Jemez – 109. Jicarilla – 110. Kaibab – […] – 200. Quillayute – 201. Quinault – 202. Ramah – 203. Ramona – 204. Red Cliff – 205. Red Lake – 206. Reno Sparks – 207. Rincon – 208. Roaring Creek – 209. Rocky Boys – 210. Rosebud – […] – 300. Yomba – 301. Ysleta Del Sur – 302. Yurok – 303. Zia – 304. Zuni. Wikipédia – domaine public.
Early Native American tribes and the different Amerindian languages that were spoken in the USA, William C. Sturtevant, Smithsonian Institute, 1967. Wikipédia – domaine public.
À voir, Il vangelo secondo Matteo , de Pier Paolo Pasolini,1964 : L’Évangile selon saint Matthieu.



« {Les migrants}
empoisonnent le sang
de notre pays {…},
ils empoisonnent les
institutions psychiatriques
et les prisons du monde entier {…},
ils arrivent d’Afrique, d’Asie,
du monde entier,
ils affluent dans notre pays {…},
ils entrent tout simplement,
la criminalité va être énorme. »
Donald Trump, meeting dans le New Hampshire, 2023.
Millions have put their trust in you and,
as you told the nation yesterday,
you have felt the providential hand of a loving God.
In the name of our God,
I ask you to have mercy upon the people
in our country who are scared now.
There are gay, lesbian and transgender children
in Democratic, Republican, and Independent families,
some who fear for their lives.
The people who pick our crops and clean our office buildings;
who labor in poultry farms and meat packing plants;
who wash the dishes after we eat in restaurants
and work the night shifts in hospitals.
They may not be citizens or have the proper documentation.
But the vast majority of immigrants are not criminals.
They pay taxes and are good neighbors.
They are faithful members of our churches and mosques,
synagogues, gurudwaras and temples.
I ask you to have mercy, Mr. President,
on those in our communities whose children fear
that their parents will be taken away.
And that you help those who are fleeing
war zones and persecution in their own lands
to find compassion and welcome here.
Our God teaches us that we are to be merciful to the stranger,
for we were all once strangers in this land.
May God grant us the strength and courage
to honor the dignity of every human being,
to speak the truth to one another in love
and walk humbly with each other and our God
for the good of all people.
Good of all people in this nation and the world.
Amen. »
Mariann Edgar Budde, 21 janvier 2025. |
Ce sermon de l’évêque épiscopalienne, a été prononcé lors du service religieux à la cathédrale nationale de Washington et ce, dans le cadre des festivités autour de l’investiture du président Donald Trump | President Donald Trump: “What did you think? Did you like it? Did you find it exciting? Not too exciting, was it? I didn’t think it was a good service, no. Thank you very much.” | Rep. Mike Collins, R-Ga [US representative for Georgia’s 10th congressional], a partagé un extrait du sermon sur X et a écrit: “The person giving this sermon should be added to the deportation list.”
À lire: Forbes.com – What did the bishop say to Trump
À lire: A Service of Prayer for The Nation
Georges Perec, Ellis Island, 1979.
Éditeur P.O.L: Ellis Island
Michaël Prazan, documentaire Ellis Island, une histoire du rêve américain, 2013.
Partie I
Partie II
« Un petit
peuple souverain
se sent en danger:
on avait appelé des bras
et voici qu’arrivent
des hommes. »
Max Frisch, dans la préface du livre Siamo Italiani. |
Ce livre a été publié un an après la sortie du documentaire éponyme réalisé par Alexander J. Seiler, Rob Gnant et June Kovach, 1964. Texte d’ouverture du documentaire: « Plus de 500 000 Italiens vivent et travaillent en Suisse. Ils passent pour un — “problème”. Une économie en haute conjoncture a besoin de leur main-d’œuvre — un petit peuple aux particularités prononcées les tient isolés derrière la barrière d’une autre langue. En tant que “problème”, ils sont l’objet de discussions — en tant qu’êtres humains, ils restent des inconnus. »
À lire : Dossier de presse – Exposition : Losanna, Svizzera, 150 ans d’immigration italienne à Lausanne.
À lire: Histoire de la migration italienne en Suisse – Dictionnaire historique de la Suisse.
À lire: Initiative Schwarzenbach, 1970.
À voir, le film Siamo Italiani visionnable sur le site: playsuisse.ch/
À voir, la Grande Dixence, Archives RTS: rts.ch – Grande Dixence
| Ci-dessous ▼ | « Walliser Alpen, Grande Dixence », Comet Photo AG [Zürich], 1990. Copyright: ETH Library Zurich, Image Archive / Com_FC35-0006-177.
| Ci-dessous ▼▼ | « Stauwerk Grande Dixence », Hans Gerber, 1955. Copyright ETH Library Zurich, Image Archive / Com_L04-0341-0008.


« Huit Suisses font moins de chahut que deux Italiens.
Un ou deux, ça va, mais plusieurs …
Ils s’amènent toujours en groupes …
Ils sont un peu … comment dire, un peu …
Ce chahut, voilà ce que nous ne supportons pas.
Ils ont un autre caractère, ils n’ont pas … la même instruction … Ils ne sont pas comme nous.
On l’impression que c’est nous les étrangers.
On a besoin d’eux.
Ils jettent les ordurent partout où ils vont.
Ça doit être le type, en quelque sorte.
Nous en avons une vingtaine dont six ou sept sont assez bien.
Ils s’amènent à quatre, à cinq, ils t’obligent à descendre dans la rigole.
Un tas de gens le disent.
Ils sont un danger pour la Suisse, ils consomment trop.
Ils ont de grands salaires, ils veulent tout avoir.
Chez « Migros » un italien a acheté 27 plaques de chocolat.
Il y en a des centaines comme lui. Un autre avait un sac de voyage tout plein.
Par-dessus: rien que du chocolat en-dessous … Dieu sait.
Ils ont des prétentions incroyables.
C’est ça le danger…
Il y a en a trop … ça pullule.
Dès qu’une femme est seule … ça devient insolent.
Pas possible de se promener toute seule, ni le jour, ni la nuit.
Devant les magasins, ils bouchent le trottoir.
Dans les grands magasins, rien que des Italiens qui barrent le passage.
Et puis ils n’achètent rien. C’est de la pure curiosité.
Peut-être qu’ils apprendront ce qu’est l’ordre.
Ils se jettent sur les femmes suisses, peu importe… qu’une femme ait soixante ans.
Si un Suisse a des filles de 16, 17 ans … elles sont en danger.
Oui attention !
On ne les aime pas comme locataires parce que …
Ce sont les Méridionaux qui sont insolents !
Pas les autres, ceux de Milan, là-haut, ils sont corrects, comme nous autres.
Oui, on en voit des tas ensemble, mais ils ne songent pas à vous laisser passer.
Il vous faut faire un détour.
Courir les femmes, là, ils sont forts !
Sympathiques, non, ils ne le sont pas.
Des logements bon marché, c’est tout ce qu’ils veulent.
À six dans une pièce, peu leur importe.
C’est du bétail, quoi !
Leur langue est plus bruyante que la nôtre.
Quelque chose leur déplaît: « Niente capito ».
Trois ou quatre ans d’école, voilà pourquoi …
Ils sont tous bêtes comme la lune. Tous !
Il y en a aussi de très gentils …
Ils ont les plus beaux appartements.
Tous les logements bon marché vont à eux.
Et nous nous payons les loyers chers.
Pour les installer, on nous met à la porte.
Les ordures … à la cave !
J’admets que c’est un problème, certes …
Ce sont des êtres humains après tout … »
Alexander J. Seiler, Rob Gnant et June Kovach, Siamo Italiani, 1964. Propos tenus par des citoyens helvétiques dans le documentaire.
« Devant la menace, on aurait décidé, non pas de lui faire face, mais de fuir. Les uns dans l’exil doré du 1% — “Les super-riches doivent être protégés avant tout!”— d’autres en s’accrochant à des frontières assurées — “Par pitié, laissez-nous au moins l’assurance d’une identité stable !”—, d’autres enfin, les plus misérables, en prenant la route de l’exil. »
Bruno Latour, Où atterrir?

« Les migrants, outre leur nécessité de déplacement, importent aussi leur aventure, leur terrible et épique aventure de voyage. Nous sommes contemporains des pires voyages de l’histoire de l’humanité. Les pires voyages par bateau de l’histoire de l’humanité. Ils voyageaient mieux les esclaves déportés de l’Afrique, des esclaves enchaînés dans les cales des bateaux. Pourquoi ils voyageaient mieux ? Parce qu’ils étaient de la marchandise qui était vendue à l’arrivée. Il fallait bien l’entretenir jusqu’à l’arrivée pour pouvoir la vendre. Par contre ici, la viande humaine, la chair humaine est devenue une marchandise vendue avant le voyage et donc le transporteur [le passeur] n’a plus intérêt à la consigner. En plus de l’autre côté, on ne veut plus l’acheter cette consigne, on ne veut pas la recevoir. Donc nous sommes exactement les témoins du pire système de navigation de l’histoire de l’humanité jusqu’à maintenant. Cela a donné un cimetière marin en Méditerranée. »
Erri De Luca, Radio France. |
À écouter: Erri De Luca en poète
À lire: Aller simple suivi de L’hôte impénitent
| Ci-dessus ▲ | Boat people vietnamien secouru par l’USS Ranger CV-61 le 20 mars 1981, en mer de Chine méridionale.
| Ci-dessous ▼ | Cologne, 1945.U.S. Department of Defense. Department of the Army. Office of the Chief Signal Officer; U.S. Defense Visual Information Center photo HD-SN-99-02996. Wikipédia – domaine public.
| Ci-dessous ▼▼ | Navire anglais, le « Brookes », affecté à la traite négrière, illustré par Thomas Clarkson, 1788 ? Wikipédia – domaine public.


Architecture
Aphorismes
T E C H N I Q U E
Permanent hommage rendu à la nature, essentiel aliment de l’imagination, prière, de toutes la plus efficace, langue maternelle de tout créateur, technique, parlée en poète, nous conduit en:
A R C H I T E C T U R E.
L’architecture est l’art d’organiser l’espace. C’est par la construction qu’il s’exprime.
Mobile ou immobile, tout ce qui occupe l’espace appartient au domaine de l’Architecture.
L’Architecture s’empare de l’espace, le limite, le clos, l’enferme. Elle a ce privilège de créer des lieux magiques, tout entier œuvre de l’esprit.
L’Architecture est, de toutes les expressions de l’art, celle qui est le plus soumise aux conditions matérielles. Permanentes sont les conditions qu’impose la nature. Passagères, celles qu’impose l’homme.
Le climat, ses intempéries, les matériaux, leurs propriétés, la stabilité, ses lois, l’optique, ses déformations; le sens éternel et universel des lignes et des formes, imposent des conditions qui sont permanentes.
La fonction, les usages, les règlements, la mode, imposent des conditions qui sont passagères.
Architecte est le constructeur qui satisfait le passager par le permanent. Il est celui qui, par la grâce d’un complexe de science et d’intuition, conçoit un portique, un vaisseau, une nef, un abri souverain capable de recevoir, dans son unité la diversité des organes nécessaires à la fonction.
C’est par la construction que l’architecte satisfait aux conditions tant permanentes que passagères.
La construction est la langue maternelle de l’architecture. L’Architecte est un poète qui pense et parle en construction.
Les grands édifices d’aujourd’hui comportent une ossature, une charpente en acier ou en béton de ciment armé.
L’ossature est à l’édifice ce que le squelette est à l’animal.
De même que le squelette de l’animal, rythmé, équilibré, symétrique, contient et supporte les organes les plus divers et les plus diversement placés. De même la charpente de l’édifice. Doit être composée, rythmée, équilibrée, symétrique même.
Elle doit pouvoir contenir les organismes, les services les plus divers et les plus diversement placés, exigés par la destination, par la fonction.
Celui qui dissimule une partie quelconque de la charpente se prive du seul légitime, et plus bel ornement de l’architecture. Celui qui dissimule un poteau commet une faute. Celui qui fait un faux poteau commet un crime.
L’édifice, c’est la charpente munie des éléments et des formes imposées par des conditions permanentes qui, le soumettent à la nature, le rattachent au passé et lui confèrent la durée.
Les conditions passagères et les conditions permanentes satisfaites, l’édifice, ainsi soumis à l’homme et à la nature, aura du caractère; il aura du style, il sera harmonieux. Caractère, style, harmonie, jalonnent le chemin qui, par la vérité, conduit à la beauté.
C’est par la splendeur du vrai que l’édifice atteint la beauté.
Le vrai est dans tout ce qui a l’honneur et la peine de porter et de protéger.
Le vrai c’est la proportion qui le fera resplendir, et la proportion c’est l’homme même.
Auguste Perret, architecte, Contribution à une Théorie de l’Architecture.
Fuck You
Personnages:
– Un architecte, quelque peu fameux, légèrement fatigué.
– Des journalistes taquins, quelque peu irrespectueux.
– Une caméra de télévision et un micro qui fonctionnent.
– Le monde entier.
Acte premier, scène unique.
La scène est à Oviedo, en Espagne, en 2014. Une conférence de presse se déroule dans le cadre de la remise d’un prix honorifique à l’architecte. Ce prix, le plus prestigieux en Espagne, est décerné par la Fondation Princesse des Asturies. Il récompense des travaux d’envergure internationale dans huit catégories: arts, sports, sciences sociales, communication et humanités, concorde, coopération internationale, recherche scientifique et technique, et lettres.
— Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre architecture fait partie de ce qui est étiqueté comme architecture de spectacle ?
Silence, puis frottements énergiques, en l’air, du bout des doigts.
les deux mains se posent, l’une au-dessus de l’autre, sur la table.
Puis soudainement, la main droite remonte et le majeur se dresse, solitaire.
Sourire et petits rires.
Crépitements de flashs.
Petite gorgée de café.
[…]
— Laissez-moi vous dire une chose. Dans le monde où nous vivons, 98% de ce qui est construit et conçu aujourd’hui est de la pure merde. Il n’y a aucun sens du design, aucun respect pour l’humanité ou quoi ce soit. Ce sont juste de mauvais bâtiments et c’est tout. De temps en temps, pourtant, un petit groupe de personnes réalise quelque chose de spécial. Mais bon Dieu, laissez-nous tranquilles, nous essayons juste de faire notre travail. Je ne cherche pas de travail, je n’ai pas d’attaché de presse. Je n’attends pas qu’on m’appelle. Je travaille avec des gens qui respectent l’architecture. Donc ce serait bien de ne pas poser de questions aussi stupides.
[…]
Acte second, scène unique.
Personnages:
– Un architecte, quelque peu fameux, très heureux.
– Un journalistes très révérencieux.
– Une caméra de télévision et un micro qui fonctionnent.
– Le monde entier.
La scène se déroule dans la même ville, lors d’une interview pour Euronews, dans le même contexte culturel.
« C’est l’architecte du moment, une star que beaucoup de pays et de riches investisseurs rêvent d’embaucher. Euronews a rencontré Franck Gehry à Oviedo, en Espagne, où il s’est rendu pour recevoir un nouveau prix récompensant sa carrière déjà primée internationalement à maintes reprises. À 85 ans, le créateur américano-canadien du musée Guggenheim de Bilbao ne pense même pas à prendre sa retraite. Il préfère continuer à écrire l’histoire avec ses bâtiments extravagants et spectaculaires.«
— Vous venez de dévoiler un impressionnant nouveau musée à Paris alors que le centre Pompidou vous consacre une rétrospective. Ici vous recevez le prix du Prince des Asturies. Comment vous sentez-vous face à toute cette reconnaissance ?
— Très méfiant. Je travaille toujours avec une sorte d’insécurité positive, saine, en fait je ne crois pas vraiment en tout ça. C’est bien, ça fait du bien, mais c’est accessoire. Je ne peux pas l’expliquer, je ne sais pas.
— Le président français a comparé la fondation Louis Vuitton à une cathédrale de lumière, d’autres invités lors de la soirée d’inauguration ont parlé de voilier, de poisson, de nuage, de quoi s’agit-il monsieur Gehry ?
— C’est tout cela, je suppose qu’il y a beaucoup de métaphores. Je suis un marin, je navigue, lorsque vous utilisez du verre, vous ne pouvez pas accrocher de tableaux sur le verre donc le vrai bâtiment se trouve à l’intérieur, c’est une double construction. On peut parler de voile à cause du parc à l’extérieur.
— Où trouvez-vous l’inspiration pour créer une construction si extraordinaire ?
— La première inspiration c’est Paris, la seconde c’est la sainteté l’aspect sacré de ce lieu. Le jardin d’acclimatation est un jardin du XIXe siècle, un parc pour enfants où Proust a joué. C’est important, très important. J’ai un client, Bernard Arnault, dans un sens c’est un artiste, il est ingénieur de formation mais à force de travailler dans le milieu de la mode, il a appris à travailler avec les artistes, avec des personnes créatives.
[…]
— J’ai lu que certains qualifient votre talent de la folie pliante.
— Ce n’est pas si fou en fait. Tout d’abord je suis un être humain, j’ai un ADN humain, je ne peux pas dépasser les limites de l’être humain. Je ne peux pas. Les grands artistes ont toujours été taxés de fous donc je devrais être flatté.
[…].
Frank Gehry, entretien sur Euronews avec l’architecte lauréat du prix Prince des Asturies des Arts 2014, extraits.
: Vidéo complète : Frank Gehry


| Ci-dessus ▲ | Frank Gehry, architecte; illustration produite à partir d’une capture d’écran de la conférence de presse du 24 octobre 2014.
| Ci-dessus ▲▲ | Les Ashantis [Achanti ou Asante] du Ghana au jardin d’acclimatation, Paris, Zoo humain, « Le Petit Journal » du 31/05/1903.| INA | L’histoire des zoos humains, du début du XIXe à l’entre-deux-guerres | Il y a un peu plus d’un siècle, à Paris, les zoos humains étaient encore une réalité. Entre 1877 et 1931, une trentaine d’ »expositions anthropozoologiques », comme on les appelait à l’époque, eurent lieu au Jardin d’Acclimatation à l’ouest de Paris. De nombreuses personnes exhibées dans ces expositions tombèrent malades, jusqu’à en mourir. « [Le Jardin d’Acclimatation] était un des lieux majeurs, entre 1877 et 1931, où ont eu lieu quasiment tous les ans une grande exhibition, qui ramenait beaucoup d’argent », explique l’historien spécialiste du fait colonial, Pascal Blanchard, dans le montage d’archives en tête d’article. | https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/zoos-humains-pascal-blanchard-xix-kalina.
| Ci-dessous ▼ | Gray and Brass, John Sloan, 1907. WikiArt – domaine public.

Financement
Une Rolls-Royce, le modèle Boat Tail.
Un hommage à la version de 1932.
Les hommages peuvent être, parfois, si émouvants.
Un V12, 6.75 litres bi-turbo, 570 chevaux,
5.3 mètres de longueur. Trois exemplaires sur terre.
La voiture la plus chère jamais réalisée à l’ère humaine.
Sur l’ensemble des composants, 1’813 pièces conçues de manière uniques.
Quatre ans de travail pour les cerveaux et les mains,
des ingénieurs et des techniciens de la marque à la statuette,
Spirit of Ecstasy.
Élégance, silence, vitesse, puissance, linéarité.
Trois ans de fabrication pour un duo de montres Bovet.
Montres bracelets ou horloge centrale,
l’une pour la femme, l’autre pour son mari.
Egalité pour toutes et tous.
Une voiture bleue, leur couleur préférée.
La couleur d’un prénom, celui de l’un de leur enfant.
Un bleu comme le ciel, un bleu comme la mer, un bleu comme la Méditerranée.
Le bleu de la Côte Azurée, littoral de villégiature apprécié du couple d’habitués.
Une voiture cabriolet conçue pour partir en pique-nique.
Ils aiment accueillir, famille et amis proches.
« J’ai apprécié passer de nombreuses réunions avec le propriétaire et
sa femme chez eux, ils étaient merveilleusement accueillants.
Alors nous avons parlé du sens de l’accueil et de la grandeur
qui devait faire partie de cette voiture¹.«
Une cave à champagne, spécialement conçue afin d’accueillir des bouteilles,
des Armand de Brignac, le tout réglé à 6 degrés,
la température optimale pour leur millésime préféré.
En avez-vous déjà bu?
Un vaisselier Christofle, un double frigo, dont un à caviar.
Un parasol de luxe intégré, mon Dieu il fait parfois si chaud,
Même en hiver.
Des bons Vivants, des biens Vivants.
Une voiture comme un bateau de collection, avec son arrière-train effilé,
tel ceux des constructions nautiques, dont ils sont passionnés.
« The enemy doesn’t arrive by boat, he arrives by limousine².«
23 millions d’euros pour une voiture,
14 mille euros par jour pour l’Ocean-Viking,
23 millions d’euros représentent,
1 642 jours de secours en mer.
En 49 mois d’activités, SOS Méditerranée a sauvé,
sorti de l’invisibilité, 31 799 vies négligées.
Quatre années pour construire une voiture.
Quatre années en mer pour sauver des humains.
Quatre années pour dépenser 23 millions d’euros.
Quatre années pour sauver 32 000 vies.
« C’est la voiture la plus ambitieuse jamais créée³.«
1. Alex Innes, responsable de la conception des carrosseries chez Rolls-Royce.
2 .The Feminist Anti-Fascist Assembly, 9 décembre 2018, London. The Feminist Anti-Fascist Assembly is made up of feminists of all genders. Many of us are survivors of sexual violence. Many of us are migrants. Many of us have lived here for a long time and have no interest in racist solutions to the problems we face. Attempts by either racist governments or far-right thugs to divide our communities will fail [www.versobooks.com].
3. Torsten Müller-Ötvös, PDG du constructeur britannique Rolls-Royce.
| Ci-dessous ▼ |Carte des « routes » commerciales dans l’océan mondial montrant notamment la concentration du trafic maritime dans l’hémisphère nord. Auteur: B.S. Halpern Grolltech [derived from Hengel [derived from B.S. Halpern]]. Wikipédia commons.
| Ci-dessous ▼▼ | Giulio Piscitelli, série Harraga, 2010-2023.


Monde
HARRAGA – Ceux qui brûlent les frontières
« C’est ce que signifie le mot Harraga dans le dialecte arabe. Brûler les frontières, les dépasser, les traverser, échapper à la police, se confier à des passeurs que l’on n’a jamais vus auparavant et qui, souvent, ne parlent même pas votre langue, regarder les étoiles la nuit et souffrir sur la terre brûlante le jour, et surtout, former un groupe avec tous ceux qui brûlent avec vous.
Derrière le mot Harraga, utilisé notamment en Algérie, en Tunisie et au Maroc pour désigner les migrants tentant d’entrer en Europe, se cache la grande blessure du monde contemporain. Les frontières se consument, et aujourd’hui, plus que jamais, elles sont continuellement redéfinies. Elles mutent au gré des bouleversements abrupts de l’Histoire.
Depuis 2010, le projet suit cette grande transformation des parcours et la gestion européenne de cette question.
Le projet Harraga décrit les efforts des personnes qui tentent d’atteindre l’enclave espagnole de Melilla; les réfugiés de la Corne de l’Afrique qui traversent le désert dans l’espoir d’atteindre la rive sud de la Méditerranée et, de là, embarquent vers le nord; les Syriens, Irakiens et Afghans fuyant les guerres non loin de nous et qui entrent en Europe par les îles grecques avant de se diriger vers les Balkans. Et l’après, souvent représenté par la marginalisation et les limbes bureaucratiques de ceux qui ont moins de droits civils, car ils ne sont pas citoyens à part entière.
La question migratoire nous montre qu’il existe des zones géographiques précises qui se sont effondrées sur le plan politique et économique. Mais elle nous dit aussi que nos démocraties pourraient être en danger dès lors qu’elles ne sont pas en mesure de gérer les changements normaux liés à l’arrivée de ceux qui demandent à être accueillis.
C’est pourquoi l’immigration est bien plus qu’un sismographe de la capacité des pays européens à accueillir ceux qui fuient; elle est un thermomètre qui mesure ce qui se passe au-delà des frontières de l’Europe, et plus encore, ce qui se passe au sein même de la société européenne. »
Giulio Piscitelli, photographe. Voir son travail
Définitions selon Amnesty International:
Nous vivons presque tous et toutes l’expérience de quitter l’endroit où nous avons grandi, sans nécessairement aller plus loin que le village voisin ou la ville d’à côté. Certaines personnes, en revanche, doivent quitter leur pays – pour une courte période ou pour toujours.
Chaque jour, dans le monde, des personnes prennent la décision la plus difficile de leur existence: partir de chez elles dans l’espoir de trouver une vie meilleure et plus sûre.
Il existe de nombreuses raisons qui poussent des habitant·e·s du monde entier à reconstruire leur vie dans un autre pays. Certaines personnes partent chercher un emploi ou faire des études. D’autres fuient des persécutions ou des violations des droits humains comme la torture. Des millions tentent d’échapper à des conflits armés ou à d’autres crises ou situations violentes. D’autres encore ne se sentent plus en sécurité et ont pu être la cible de violences uniquement à cause de ce qu’elles sont, de ce qu’elles font ou de ce en quoi elles croient, par exemple en raison de leur origine ethnique, leur religion, leur orientation sexuelle ou leurs opinions politiques.
Leurs périples, qui débutent toujours avec l’espoir d’un avenir meilleur, peuvent se dérouler sous le signe du danger et de la peur. Des personnes risquent d’être victimes de la traite ou d’autres formes d’exploitation. Certaines sont placées en détention par les autorités dès leur arrivée dans un nouveau pays. Lorsqu’elles s’installent enfin et commencent une nouvelle vie, de nombreuses personnes sont confrontées quotidiennement au racisme, à la xénophobie et aux discriminations.
Certaines finissent par se sentir seules et isolées parce qu’elles ont perdu les réseaux de soutien que la plupart d’entre nous prenons pour acquis: leur communauté, leurs collègues, leurs proches, leurs amis.
Qu’est-ce qu’un·e réfugié·e ?
Les réfugié·e·s sont des personnes qui ont fui leur pays, car elles risquaient d’y être victimes de graves atteintes à leurs droits humains et de persécutions. Leur vie et leur sécurité étaient menacées, à tel point qu’ils avaient le sentiment de n’avoir d’autre choix que de quitter leur pays et de chercher un endroit où ils ne seraient plus en danger, car leur propre État ne pouvait pas ou ne voulait pas les protéger. Les réfugié·e·s ont droit à une protection internationale.
Qu’est-ce qu’un·e demandeur·euse d’asile ?
Les demandeurs·euses d’asile sont des personnes qui ont quitté leur pays et demandent à être protégées de persécutions et de graves atteintes aux droits humains commises dans un autre pays, mais qui n’ont pas encore été reconnues légalement comme des réfugié·e·s et attendent qu’il soit statué sur leur demande d’asile. Le droit d’asile est un droit humain, au titre duquel tout le monde devrait être autorisé à entrer dans un autre pays pour y demander l’asile.
Qu’est-ce qu’un·e migrant·e ?
Il n’existe pas de définition juridique reconnue au niveau international. À l’instar de la plupart des organismes et organisations, Amnesty International considère que les migrant·e·s sont des personnes qui vivent hors de leur pays d’origine, mais ne sont ni des demandeurs·euses d’asile ni des réfugié·e·s.
Certain·e·s migrant·e·s quittent leur pays pour travailler, faire des études ou rejoindre des membres de leur famille, par exemple. D’autres y sont incité·e·s par la pauvreté, les troubles politiques, la violence de bandes criminelles, les catastrophes naturelles ou d’autres problèmes graves.
De nombreuses personnes, bien que ne remplissant pas les critères juridiques qui feraient d’elles des réfugié·e·s, pourraient être en danger si elles rentraient chez elles.
Il est important de comprendre que, même si des migrant·e·s ne fuient pas de persécutions, leurs droits humains doivent malgré tout être protégés et respectés, quel que soit leur statut dans le pays où ils et elles se sont installé·e·s. Les gouvernements sont tenus de protéger tou·te·s les migrant·e·s de la violence raciste et xénophobe, ainsi que de l’exploitation et du travail forcé. Les migrant·e·s ne devraient jamais être détenu·e·s ni renvoyé·e·s de force dans leur pays sans raison légitime.
Qu’est-ce qu’un apatride ?
Le droit international définit un apatride comme « une personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation ». Cela signifie, pour dire les choses simplement, qu’un apatride ne possède la nationalité d’aucun pays. Certaines personnes naissent apatrides, alors que d’autres le deviennent.
Il y a des apatrides dans toutes les régions du monde. La majorité des apatrides sont nés dans les pays où ils ont toujours vécu.
L’apatridie a souvent des conséquences graves, qui durent toute la vie. Les millions de personnes qui sont privées de nationalité dans le monde luttent pour obtenir les droits élémentaires que la plupart d’entre nous considèrent comme acquis. Ce sont souvent des exclus, du berceau à la tombe: privés d’identité juridique à la naissance, privés d’accès à l’éducation, aux soins médicaux, au mariage, à l’emploi pendant leur vie et même privés de la dignité d’une sépulture officielle et d’un certificat de décès à leur mort. Beaucoup transmettent l’apatridie à leurs enfants, qui la transmettent ensuite à la génération suivante.
Sources: Amnesty International: Définitions des réfugiés, demandeurs d’asile et migrants.
et le UNHCR: Définition de l’apatridie.
À lire: Convention de Genève de 1951.
À lire: Hannah Arendt: un seul droit de l’homme.
À écouter: 1919-1939: réfugiés et apatrides.
À écouter: La fabrique des apatrides.
| Ci-dessous ▼ | Un millième de seconde, c’est le temps que mettra la balle pour atteindre sa cible. Un millième de seconde pour la balle, un centième de seconde pour la photographie. La mort peut se produire avant même sa propre image. Une image, comme une balle dans la tête.Exécutions de Juifs de Kiev par les unités d’extermination mobiles allemandes – Einsatzgruppen – près d’Ivangorod en Ukraine. La photo fut envoyée en Allemagne depuis le front de l’Est et interceptée à un bureau de poste de Varsovie par un membre de la Résistance polonaise nommé Jerzy Tomaszewski. L’inscription originale, en allemand, au dos de la photographie est: « Ukraine 1942, Action juive [opération], Ivangorod ». Wikipédia – domaine public.

Territoires
Des Territoires cérébraux.
Les Territoires céliniens.
Les Territoires occupés.
Créer des Territoires de toutes pièces.
Disparité dans les Territoires.
Les Territoires amoureux de la danse.
La littérature est un Territoire où l’on cherche sa propre identité.
Conquérir des Territoires pour en conquérir d’autres.
Territoires concentrationnaires.
On décréta les Territoires, on aiguisa les crocs.
Ce corps étranger qui arrive dans un Territoire qu’on ne connaît pas.
Environ 8’000 SS pendant toute la durée d’Auschwitz afin d’encadrer un Territoire.
Le Territoire de l’art garde son autonomie.
Une personne vulnérable qui arrive sur le Territoire.
Les populations en trop débordent des Territoires, et elles en meurent. C’est la logique: on sacrifie les sacrifiés.
La carte et le Territoire.
Des Territoires de pures fictions.
Les Territoires de la bioéthique.
Les oliviers dispersés au hasard sur le Territoire.
Une droite prétendument enracinée dans ses Territoires.
Les élus des Territoires en colère.
Leur Territoire est aujourd’hui menacé à cause des richesses de leur sous-sol.
Quand je serai mort, vers l’an 2100, le Territoire blanc deviendra le Territoire noir, et notre religion sera dominée.
Elle rayonnait elle avait son propre Territoire.
On va finir par faire des Territoires qui seront libres de l’autre religion.
Science et Territoires de l’ignorance.
Des Territoires de chasse.
La misère plus d’un siècle après est toujours présente sur ces Territoires.
Europe, Territoire du raffinement, de la culture tout autant que le Territoire de l’abaissement, de la servilité, de la défaite, de la pourriture.
L’extension du Territoire du catholicisme.
Haïti un Territoire abandonné de tous.
Dès qu’on sort de ce Territoire connu, la moindre sortie de route devient exceptionnelle, tout devient événement. L’orgueil d’avoir conquis des Territoires d’une étendue sans bornes.
Desservir le Territoire.
Son jardin secret, son Territoire privé.
Une inscription dans le Territoire des mots.
La colonisation européenne de Territoires africains.
On se gargarise avec le Territoire mais on le voit peu le territoire aujourd’hui.
Il y a des Territoires qui obsèdent, il y a des lieux qui brûlent.
Ukraine, ce pays comme un Territoire où on passe d’une zone à l’autre, d’une zone radioactive à une zone de guerre.
Je suis obsédé par des peurs donc je dois être obsédé par des Territoires.
La guerre est un étrange animal mutant qui se répand en tâtonnant dans de nouveaux Territoires pour y trouver l’oxygène nécessaire à sa survie.
Le massacre aussi de certaines populations pour conquérir des Territoires.
La conquête des Territoires du cinéma.
Le langage c’est justement ce qui peut trahir, c’est quand même un Territoire.
Lorsque les hommes envahissent un Territoire, ils envahissent aussi le corps de la femme de manière violente.
Collecte du mot Territoire, lu et entendu, quelques mois durant l’année 2018.|
| Ci-dessous ▼ | Francis Frith, Gaza -The Old Town, 1857. Wikipédia – domaine public.
| Ci-dessous ▼▼ | John Frederick Kensett, The Sea, 1872. MET Collection – domaine public.


Droit Cosmopolite
« De même que dans les articles précédents, il n’est pas question ici de philanthropie mais du Droit, et là hospitalité signifie le droit qu’a un étranger arrivant sur le sol d’un autre de ne pas être traité en ennemi par ce dernier. Celui-ci peut ne pas le recevoir, si cela peut se faire sans entraîner sa perte; mais aussi longtemps qu’il reste paisiblement à sa place, il ne doit pas le traiter de manière hostile. Ce n’est pas un droit à l’hospitalité que invoquer ce étranger [ce qui exigerait un contrat particulier de bienfaisance faisant de lui, pour un temps, un habitant de la même maison], mais un droit de visite, le droit que revient à tout être humain de se proposer comme membre d’une société, en vertu du droit à la commune possession commune surface de la terre, laquelle, étant une sphère, ne permet pas aux hommes de se disperser à l’infini, mais les contraint à supporter malgré tout leur propre coexistence, personne, à l’origine, n’ayant plus qu’un autre le droit de se trouver en un endroit quelconque de la Terre. Des étendues inhabitables, la mer et les déserts de sable, séparent cette communauté de telle manière cependant que les vaisseaux et les chameaux [ces vaisseaux du désert] permettent aux hommes de se rapprocher les uns des autres par-delà ces régions sans maître et d’utiliser pour des relations éventuelles le droit à la surface, lequel appartient à l’espèce humaine tout entière. L’inhospitalité des côtes [par exemple celle des Barbaresques] où l’on s’empare des navires passant à proximité et où l’on réduit en esclavage les marins jetés au rivage; bien celle des déserts de sable [des Bédouins arabes], où piller ceux qui approchent les tribus nomades est considéré comme un droit, sont donc contraires au droit naturel. Cependant, ce droit à l’hospitalité, c’est-à-dire l’autorisation accordée aux nouveaux arrivants étrangers, ne s’étend pas au-delà des conditions de la possibilité d’essayer d’établir des relations avec les premiers arrivants. C’est de cette manière que des continents éloignés peuvent établir entre eux des relations pacifiques, qui peuvent finir par être légalisées et qui peuvent ainsi rapprocher pour toujours d’avantage le genre humain d’une constitution cosmopolitique.
Si l’on compare maintenant avec cela le comportement inhospitalier des États policés de notre continent, États commerçants pour la plupart, on constate que l’injustice dont ils font preuve quand ils rendent visite à des pays ou des nations étrangères [visites qui, pour eux, équivalent à la conquête de ces pays] atteint des proportions effrayantes. L’Amérique, les pays des nègres, les îles à épices, le Cap, etc., étaient pour eux, lorsqu’ils furent découverts, des pays n’appartenant à personne, car ils ne tenaient aucun compte des habitants. Dans les Indes orientales [Hindoustan], feignant d’avoir l’intention de n’établir que des comptoirs commerciaux, ils introduisirent des peuplades guerrières étrangères, et, avec celles-ci, la fomentation de guerres étendues entre les différents États de ces pays, la famine, les troubles, le perfide, et toute la kyrielle des maux qui pèsent sur l’humanité. […]. »
Emmanuel Kant, Vers la paix perpétuelle [Zum ewigen Frieden], première partie du troisième article concernant le droit cosmopolitique qui doit être limité aux conditions de l’hospitalité universelle, 1795.
| Ci-dessous ▼ | Benjamin West, L’expulsion d’Adam et d’Eve du Paradis, 1791. National Gallery of Art, Washington, D.C.Domaine public-Wikipédia.
| Ci-dessous ▼▼ | 1 – Plaque Pioneer, créée par la NASA. Vectors by Oona Räisänen [Mysid]; designed by Carl Sagan & Frank Drake; artwork by Linda Salzman Sagan — Vectorized in CorelDRAW from NASA image | 2 – NASA, Pioneer 10 tested in a space simulation chamber [January 1972]. Wikipédia – domaine public.

Densité
Dans son livre Faut-il avoir peur de la population mondiale ?, le démographe Jacques Véron nous propose un calcul — passablement déroutant car des plus vertigineux concernant la démographie mondiale — produit et rédigé par Hendrik Willem van Loon en 1937 dans son ouvrage Géographie universelle. Il s’agit d’un exercice de pensée et de représentation, à la fois abstrait et concret. Ce calcul fut également repris par Alfred Sauvy en 1949 dans un article intitulé: le «faux problème» de la population mondiale, publié dans Population, n° 3:
« Voici qui, pour paraître incroyable, n’en est pas moins vrai: si tous ceux qui vivent en ce monde où nous vivons mesuraient 1 m 80 de haut, 0 m 50 de large et 35 centimètres d’épaisseur [et ce serait augmenter un peu nos dimensions ordinaires], la totalité des êtres humains [(…) près de deux milliards] pourrait être renfermée dans une grande boîte cubique de 800 mètres de côté. Comme je viens de le dire, cela paraît incroyable; mais, si vous ne me croyez pas, calculez vous-mêmes et constatez-en l’exactitude. »
Soit le volume d’un être humain: 1.8 m x 0.5 m x 0.35 m = 0.315 m³
Soit la population mondiale en 2024: 8 milliards
8 000 000 000 x 0.315 m³ = 2 520 000 000 m³
La racine cubique, ³√8 000 000 00, de ce volume équivaut à 1 360 m

Commençons par retrouver deux figures humaines bien connues — préalablement expulsées du jardin d’Éden — qui ont peuplé la Terre avant d’être envoyées dans l’espace, en 1972 et 1973, via la plaque Pioneer sur laquelle elles furent représentées. Cette plaque fut placée à bord de deux sondes spatiales, Pioneer 10 et Pioneer 11, et ce message, dit pictural, véritable « bouteille à la mer interstellaire » de notre humanité, était destiné à toute forme d’intelligence extraterrestre susceptible d’exister et donc d’entrer en contact avec nous, les humains.
Puis, rassemblons et plaçons méthodiquement, un par un, les huit milliards d’êtres humains qui peuplent actuellement notre planète dans un édifice cubique imaginaire aux arêtes de 1 360 mètres. En 1800, nous n’étions qu’un milliard sur Terre. Depuis cette date charnière, la population mondiale a doublé à trois reprises: en 1930, en 1975, puis, plus récemment, en 2022. Selon les projections en cours, elle pourrait atteindre un pic d’ici la fin du siècle, approchant hypothétiquement les 10 milliards d’habitants.
Et, dans un geste ultime, plaçons ce cube sur une surface plane, familière à certains d’entre nous: le lac Léman. Cette étendue d’eau, au pied des pics et des douces topographies, constitue un territoire totalement dégagé, capable d’accueillir et de révéler son contexte, mais également le vide qu’il engendre. Ce vide, à son tour, par contraste, dessine de manière épurée la géométrie de cet objet singulier: un nouveau Monolithe de l’étonnement — après celui, des plus énigmatiques, objet sculptural, central et inconnu de 2001, L’Odyssée de l’espace — qui renferme en lui seul, en son Arche exclusivement humaine, l’intégralité de la population mondiale.
Un cube, simplement et délicatement posé sur une aire liquide de 580 km², soit l’équivalent de la superficie de l’île principale de Singapour, Pulau Ujong, dont la population représente la quasi-totalité des 5,6 millions de citoyens de cet État d’Asie du Sud-Est. À titre de comparaison, la population de l’ensemble du territoire helvétique s’élève aujourd’hui à 9,1 millions d’habitants; ceux-ci sont répartis aux deux tiers sur une portion représentant 30 % des 41 285 km² du pays, soit 12 385 km², formant la vaste région dite du Plateau.
| Ci-dessous ▼ | 1760: Révolution industrielle au Royaume-Uni. La technologie moderne et la médecine accélèrent la croissance démographique: la vaccination [Jenner, 1796] réduit drastiquement la mortalité due à la variole; l’asepsie et l’antisepsie [Semmelweis, Lister] diminuent les infections; l’amélioration de l’hygiène publique [égouts, eau potable, pasteurisation] freinent la propagation des épidémies. Ces progrès, associés aux avancées en obstétrique et en nutrition, augmentent fortement l’espérance de vie et la survie infantile.En l’an 0, l’ensemble de la population mondiale est d’environ 190 millions personnes. Les principaux événements qui accompagnent la croissance de cette population sont les suivants [source: American Museum of Natural History]:

– La dynastie Han en Chine [-206 à +220].
– L’empire romain [-24 à +476].
– La route de la Soie [-206 à +220].
– Age d’Or en Inde [Aux IVe et Ve siècles, le nord de l’Inde est unifié sous la dynastie des Gupta. Cette période est considérée en Inde comme un âge d’or, la civilisation hindoue ayant atteint un apogée inconnu jusqu’alors].
– Apogée de la civilisation Maya [+250 à +600] et durée totale de cette civilisation: -2600 à +1520.
– Naissance de l’Islam [622].
– Epidémie de variole au Japon [735-37], l’épidémie tue environ un tiers de la population japonaise et a des répercussions sociales, économiques et religieuses majeures dans tout le pays.
– Invention de la poudre à canon [environ en 800, dynastie Tang: 618-907], premier explosif chimique découvert.
– Invention de la boussole en Chine, la première mention avérée de la boussole se situe au Xe siècle de notre ère.
– Empire mongol [1206-1368], le plus vaste empire de tous les temps [23,5 millions de Km2]. Gengis Khan aurait provoqué la mort de 40 millions de personnes, 17% de la population mondiale de l’époque.
– Peste noire de 1346. Rare déclin de la population mondiale. Probablement originaire d’Asie centrale, la pandémie touche l’Europe à travers les invasions mongoles, puis se propage en Afrique du Nord voire en Afrique subsaharienne, faisant jusqu’à 200 millions de victimes à travers le monde.
– Christophe Colomb sur le continent américain en 1492 [les Vikings bien avant?]. l’actuel Canada fut exploré pour la première fois en 1021 par des vikings. L’île de Terre-Neuve rassemble les premières traces de présence européenne sur le continent américain.
– Commerce transatlantique d’esclaves [1500-1870], 15 à 20 millions d’africains déplacés, [500 millions au monde].
– Révolution industrielle au Royaume-Uni en 1760 [800 millions au monde], la technologie moderne et la médecine accélèrent la croissance démographique.
– Deux guerres mondiales, 14-18 & 39-45.
À voir: American Museum of Natural History – Human Population
À lire: Our World in Data – World Population
| Ci-dessous ▼ | 1 – Refuge du « Goûter » dans les années 30, Bundesarchiv Bild 102-10940, Aiguille du Bionnassay. Wikipédia – domaine public | 2 – Mouse-Fetus and placenta, Wei Hsu, Shang-Yi Chiu, Sedwick C PLoS Biology Vol. 6, No. 12, e312, 2008. Wikipédia – domaine public.

Venir au Monde
Nous naissons à deux et nous mourrons seuls. La vie débute par une énigme à deux corps. Tout être aura généralement vécu une gestation symbiotique au cœur de sa mère, au sein de son corps, naturellement adapté au fœtus, à sa corporalité en perpétuelle évolution, à son développement biologiquement programmé; une vie, rythmée, engagée par ce premier battement du cœur embryonnaire, nourrie et oxygénée par l’intermédiaire du placenta — organe essentiel bien que temporaire, connecté à cet être en devenir par le cordon ombilical: point de contact, futur vestige cicatrisé de notre attachement nombriliste, centre de gravité en or qui module les esprits — immergée dans le liquide amniotique, fluide stérile d’une poche thermiquement isolée, préservée des microbes, abritée des sons, des lumières et des chocs par atténuation du monde extérieur.
Cette venue au monde, initiée par des contractions progressives, accompagnée d’effacement, de dilatations et de rotations, par les poussées et la respiration de la mère, se finalise par l’apparition de la tête, la compression puis l’ouverture de la cage thoracique, l’extraction totale du corps le long de la filière pelvi génitale. L’enfant-né se retrouve soudainement et malgré lui, baigné dans un nouvel élément moins hospitalier, d’une densité infime, de portance réduite, certes enveloppante mais de manière imperceptible et bien souvent, ressentie comme déficiente thermiquement: la fraîcheur nous étreint, les parois de liège ont disparu, le voile protecteur de nos yeux se déchire. Touchés, nous le sentons.
Nous faisons face à la gravité. Nous naissons grâce et à travers les corps de nos mères, après avoir franchi cols et bassins, après avoir parcouru la géographie physique et spécifique de l’intériorité féminine, avant d’être recueillis et soutenus soigneusement par des mains soignantes auxquelles nous répondons par notre premier pleur, réponse certaine à notre première inspiration, à la prise de conscience aveuglante, fulgurance involontaire de notre appartenance atmosphérique qui nous interconnecte désormais à l’ensemble du monde: après avoir baigné plusieurs mois durant dans un liquide privatif, nous voici livré et à nouveau immergé dans un mélange, cette fois-ci gazeux, fruit commun planétaire voire solaire, résultat des échanges chimiques engendrés par les plantes, les animaux et nous*, ô vous, frères humains*. De la soustraction du « Nous », ne subsiste du « Vous » que le « Je »; ce « Je » seul face à sa vie en devenir; initialement préservé du bavardage et du divertissement, momentanément dépouillé de la tyrannie du « on »*, nous sommes mis à nu et donc mis à mort.
Nos vies individuelles, aux trajectoires et durées variables, sont singulières; elles prennent forme et se déroulent dans un entre-deux, entre deux moments clés inexorables: celui de notre venue distendue au monde et celui de notre mort soudaine, instantanée; deux événements parfois notifiés à travers des documents administratifs spécifiques: Acte de naissance et Acte de décès. Entre ces deux images, entre ces deux instantanés, se déploie un fondu-enchaîné cinématographique unique, celui de notre vie*: une existence en transition, entre une élasticité corporelle initiale et une rigidité cadavérique finale, insoupçonnable; entre un binôme corporel chaleureux et une solitude corporelle frigorifique; un entre-acte joué par un corps, riches en millions et en milliards, de cycles respiratoires et de battements de cœurs: base rythmique de nos vies, de nos paramètres vitaux, ces courbes dissociées sur les écrans de contrôle mais bien entrelacées et interdépendantes à l’intérieur de nos existences. Dans l’intervalle de cette fragilité suspendue entre deux points, ces points de vie monitorés qui dessinent les trajectoires qu’ils définissent et qu’ils parcourent le long de pics abrupts, de plaines vallonées et de mers agitées, que faire de sa vie ? Que faire de cette prière incessante faite aux vivants ?* Personne n’a souhaité venir au monde et rares sont celles et ceux qui souhaitent ardemment le quitter. Nous n’avons plus le choix car désormais nous sommes livrés à la réalité du monde avec nos yeux ouverts et opérationnels.
Trois Corps-Temps
Rotterdam, quartier de Delfshaven, 1999. Au petit matin, à la suite d’une nuit blanche, fruit du labeur: un corps, repéré à distance, désormais décroissante, sur le seuil de l’entrée d’un immeuble, au cœur d’une zone résidentielle immaculée de toute autre présence humaine. Cet être, à la température corporelle inestimable, est possiblement et simplement avachi, délicatement supporté par les quelques marches de l’escalier qui en délimitent l’espace d’accueil. Dans ce quartier spécifique, jugé difficile, passer à bicyclette. Cet élan de vie indéniable, cette conscience légèrement diminuée par la fatigue accumulée, porté par le cadre triangulé, emporté par le mouvement inertiel du véhicule, le long d’une trajectoire linéaire circulairement engendrée par l’entraînement d’un pédalier actionné par des jambes irréfléchies — Lorsque le corps a compris, l’esprit se retire* — produit une brièveté bienvenue, peut-être salvatrice, qui rend « délicat » tout nouveau geste, « difficile » tout ralentissement, « impossible » tout arrêt. Mais cette fugacité visuelle, cette impression rétinienne, ne demeure néanmoins pas sans souvenir, donc sans égards, sans questionnement, sans culpabilité, sans lâcheté.
Bikaner, Rajasthan, 2011. Pendant la journée, lors d’une flânerie touristique: ce corps, étendu sur le sol, sur le bord d’une route au centre de cette ville indienne; un corps abandonné à lui-même, déjà recouvert de poussière, signe irréfutable d’une mort solitaire et effective au milieu de la vie active, jouxtant d’innombrables et inévitables activités quotidiennes: passants déambulant, boutiquiers diversement affairés, motocyclistes énergiques en quête de stationnement, policiers oisifs, assis et sirotant leur chai: la vie ordinaire. Cet être, ce paquet à la tiédeur envolée, semble totalement disposé à être collecté, prochainement rassemblé parmi d’autres détritus urbains jonchant le sol, avant d’être ramassé, collectivement évacué par et sous les yeux sans cesse résignés des siens, les hors castes, à l’abri construit des regards plurimillénaires de ses non-semblables — hiérarchiquement imposés par une minorité d’êtres humains autoproclamés supérieurs — qui, culturellement, ne voient plus.
Lausanne, la Riponne, 2023. En début d’après-midi, lors d’un déplacement quelconque à travers la ville: ce corps, une femme, positionnée volontairement sur le sol d’une place piétonne fréquentée, dans une posture latérale, quasi fœtale, sous un soleil franc et estival. Cette vaste surface asphaltée, mer dépourvue de toute capacité réfléchissante, à la fois dense et rigide offre la vulnérabilité de cet être — éclatante, presque giclante, sans ombrage — comme sur un plateau. Ce corps encore chaud et immobile, toujours respirant, non englouti gravitationnellement sous le bitume, physique des matériaux oblige, se trouve fatalement à portée de vue — aisément déviable — soumis au regard éventuel de dizaines, voire de centaines de passants quelque peu badauds, distraits, parfois quasi extatiques; ce corps statique, situé à proximité variable de tous ces Autres, subitement pressés, soudainement aveuglés, véritablement démunis, déjà passablement préoccupés par leurs pensées vaguement intenses, portés par leurs trajectoires habituelles, empêchés par leur saisissement, par leur incrédulité, par leurs répulsions, par leur dégoût, par leurs peurs, par leurs craintes, par leurs incapacités multiples, par leur indifférence.
Être au Monde
À travers cette longue traversée de l’Humanité, qui demeure un détail à l’échelle cosmique, les Vivants s’emploient à vivre dans leur présent — cette si simple déchirure de l’infinité du Temps* — et ils se trouvent entraînés dans une continuité, pris, prosaïquement dit, entre les Morts: personnes anciennement Vivantes et les Vivants à venir: les générations qui nous succèderont. Nous sommes lancés sur une piste d’athlétisme: le précédent coureur, ayant préalablement déployé toutes ses forces, se retrouve allongé au sol, effondré à l’issue d’une vie intense ponctuée par la transmission réussie de l’artefact qui symbolise notre responsabilité individuelle: le bâton de témoin. Nous l’avons dès lors en main et le temps de notre course, celle de notre vie, nous en avons l’usage, il nous appartient. Nous héritons de conditions initiales sur lesquelles nous n’avons, par définition, aucune emprise, cependant nous pouvons désormais les modifier, les faire « nôtres »et même « miennes ». Ainsi, nous avons la possibilité d’œuvrer et de transmettre avantageusement ce relais aux athlètes qui poursuivront cette folle existence humaine.
▲ De plus, pour Hannah Arendt:
« Le monde commun est ce qui nous accueille à notre naissance, ce que nous laissons derrière nous en mourant. Il transcende notre vie aussi bien dans le passé que dans l’avenir; il était là avant nous, il survivra au bref séjour que nous y faisons. Il est ce que nous avons en commun non seulement avec nos contemporains, mais aussi avec ceux qui sont passés et avec ceux qui viendront après nous. Mais ce monde commun ne peut résister au va-et-vient des générations que dans la mesure où il paraît en public. C’est la publicité du domaine public qui sait absorber et éclairer d’âge en âge tout ce que les hommes peuvent vouloir arracher aux ruines naturelles du temps. Durant des siècles — mais cela est fini à présent —, des hommes sont entrés dans le domaine public parce qu’ils voulaient que quelque chose d’eux-mêmes ou quelque chose qu’ils avaient en commun avec d’autres fût plus durable que leur vie terrestre. {…}. Rien sans doute ne témoigne mieux de la perte du domaine public aux temps modernes que la disparition à peu près totale d’une authentique préoccupation de l’immortalité, disparition quelque peu effacée par la perte simultanée du souci métaphysique de l’éternité. {…}. Dans les conditions modernes il est en vérité si invraisemblable qu’un homme aspire sérieusement à l’immortalité terrestre que l’on a probablement raison de n’y voir que de la vanité. »
Hannah Arendt. |
Condition de l’homme moderne, chapitre II, « Le domaine public et le domaine privé », sous-chapitre « Domaine public: le commun », page 127 – 129, éditions Calmann Lévy, traduit de l’anglais par Georges Fradier.
À écouter | Radio France | série: Hannah Arendt, “Condition de l’homme moderne”
| Ci-dessous ▼ | Pierre-Auguste Renoir, Le Moulin de la Galette, 1876. Musée d’Orsay, Wikipédia – domaine public.

Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
un vêtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va à peu près
vous qui passez
animés d’une vie tumultueuse aux artères
et bien collée au squelette
d’un pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrognés, vous êtes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux d’être quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empêche
de sentir votre buste qui suit la jambe
votre main au chapeau
votre main sur le cœur
la rotule qui roule doucement au genou
comment vous pardonner d’être vivants …
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d’argent
comment comment
vous pardonner d’être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire,
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
{…}
Charlotte Delbo, Une connaissance inutile, Les Éditions de Minuit, 1970. |
À écouter | Radio France | La poésie de Charlotte Delbo.
À écouter | Radio France | Charlotte Delbo – Toute une vie.
À écouter | Radioscopie | Charlotte Delbo au micro de Jacques Chancel, 1974.

| Ci-dessus ▲ | SS photographers Bernhardt Walter & Ernst Hofmann [Auschwitz Album], Jews from Subcarpathian Rus who have been selected for death at Auschwitz-Birkenau, wait in a clearing near a grove of trees before being led to the gas chambers. Pictured on the bottom row from left to right: Reuven and Gershon Fogel, their mother Laja Mermelstein Fogel, Tauba Mermelstein, Tauba’s daughter and her granddaughters one of whom was named Gerti. The Mermelsteins were from Mukacevo, May 1944. United States Holocaust Memorial Museum, courtesy of Yad Vashem – domaine public.
| Ci-dessous ▼ | Jeux olympiques de 1936 à Berlin; épreuve du relais 4 × 100 mètres masculin. Course remportée par l’équipe des États-Unis composée de Jesse Owens, Ralph Metcalfe, Foy Draper et Frank Wykoff, source: https://www.olympics.com/fr/infos/jesse-owens-immortalise-par-sa-quatrieme-medaille-d-or.>
| Ci-dessous ▼▼ | 1. Femmes « Lenapes ». Peuple amérindien originaire de la rive du fleuve Delaware, de l’Hudson et du Long Island Sound; appelés également « Delawares » par les émigrants européens, 1910. Wikipédia – domaine public. | 2 – Lynchage de George Meadows le 15 janvier 1889 dans le comté de Jefferson en Alabama aux États-Unis. Wikipédia – domaine public. | 3 – Affiche antisémite en Allemagne nazie : « Allemands ! Défendez vous ! N’achetez pas chez les Juifs ! », 1933. Wikipédia- domaine public. | 4 – Portrait d’une femme attaquée à l’acide, Asghar Khamseh, photojournaliste iranien, photo faisant partie d’une série de portraits intitulée « Fire of Hatred » [le feu de la haine], Sony World Photography Awards 2016.


Homo Sacer — Qui a le droit de vivre ?
Homo Sacer: un concept développé par le philosophe italien Giorgio Agamben dans son ouvrage Homo Sacer: Le pouvoir souverain et la vie nue, 1995. L’Homo Sacer désigne, dans le droit romain archaïque, une figure paradoxale: un individu qui peut être tué sans que cela constitue un homicide, mais qui ne peut être sacrifié dans un rituel religieux. Il représente une forme de vie exclue de la sphère du droit et de la citoyenneté, une vie réduite à sa plus simple expression biologique.
Cadavres exquis
« {…} “On dirait une femme”. J’avais compris, c’en était une ! C’en était une. Il [monsieur de Gurcy] appartenait à la race de ces êtres, contradictoires en effet puisque leur idéal est viril justement parce que leur tempérament est féminin, qui vont dans la vie à côté des autres, en apparence tout comme eux mais portant au travers de ce petit disque de la prunelle où notre désir est intaillé et à travers lequel nous voyons le monde, le corps non d’une nymphe, mais d’un éphèbe qui vient projeter son ombre virile et droite sur tout ce qu’ils regardent et tout ce qu’ils font. Race maudite puisque ce qui est pour elle l’idéal de la beauté et l’aliment du désir est aussi l’objet de la honte et la peur du châtiment, et qu’elle est obligée de vivre jusque sur les bancs du tribunal où elle vient comme accusée et devant le Christ, {…} puisque comme les criminels elle est obligée de cacher son secret à ceux qu’elle aime le plus, craignant la douleur de sa famille, le mépris de ses amis, le châtiment de son pays; race maudite, persécutée comme Israël et comme lui ayant fini dans l’opprobre commun d’une abjection imméritée par prendre des caractères communs, l’air d’une race, ayant tous certains traits caractéristiques, des traits physiques qui le [plus] souvent répugnent — Je suis arrivé, on m’a dit qu’on ne recevait pas les Noirs là-bas [Malte], ils ont été très clairs … {…}, ils n’ont pas accepté, j’ai dû faire demi-tour, en bateau, la marine libyenne nous a vu après, on a été départagé au port de Tripoli, j’ai fait six en Libye, dont deux ans en prison, et j’ai été vendu à trois reprises, ben c’est comme ça … souvent tu t’en veux quoi … pourquoi tu as la peau noire… tu te demandes pourquoi tu es né quoi… pourquoi tu es humain … puisque ta couleur cause problème, mais pourquoi tu es humain* — {…}; exclus de la famille avec qui ils ne peuvent être en entière confiance, de la patrie aux yeux de qui ils sont des criminels non découverts, de leurs semblables eux-mêmes à qui ils inspirent le dégoût de retrouver en eux-mêmes l’avertissement que ce qu’ils croient un amour naturel est une folie maladive, et aussi cette féminilité qui leur déplaît, mais pourtant cœurs aimants exclus de l’amitié parce que leurs amis pourraient soupçonner autre chose que de l’amitié quand ils n’éprouvent que de la pure amitié pour eux, et ne les comprendraient pas s’ils leurs avouaient quand ils éprouvent autre chose, objet tantôt d’une méconnaissance aveugle qui ne les aime qu’en ne les connaissant pas, tantôt d’un dégoût qui les incrimine dans ce qu’ils ont de plus pur, tantôt d’une curiosité qui cherche à les expliquer et les comprend tout de travers, élaborant à leur endroit une psychologie de fantaisie qui même en se croyant impartiale est encore tendancieuse et admet a priori, comme ces juges pour qui un juif était naturellement un traître qu’un homosexuel est facilement un assassin.{…}. »
Marcel Proust. |
La race des tantes dans Développements romanesques, Sainte-Beuve, notes écrites en novembre et décembre 1908, Bibliothèque de la Pléiade, pages 1054-1056 & *Sekou Kaïta, un migrant ivoirien dans le documentaire Migrants, les failles de l’Europe forteresse réalisé par Fabrice Launay & Sebastian Perez Pezzani | Auteur: Sebastian Perez Pezzani | France, 2022.
Left-to-die Boat
« En mars 2011, 72 passagers ont quitté les côtes libyennes en direction de l’Italie à bord d’un petit bateau pneumatique au moment de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye. Malgré plusieurs signaux de détresse indiquant leur position, ainsi que des interactions répétées avec au moins un hélicoptère et un navire militaires, ils ont été laissés à la dérive pendant 14 jours. En raison de l’inaction de tous les acteurs étatiques impliqués, seuls neuf des passagers ont survécu. En combinant leurs témoignages avec des données sur les vents et les courants marins ainsi qu’avec des images satellite, Forensic Oceanography a reconstitué les traces liquides de cet événement, produisant un rapport qui a servi de base à plusieurs plaintes en justice. »
Forensic Architecture, 2012. |
: Investigation complète & vidéo : forensic-architecture.org – The Left-to-Die Boat
| Ci-dessous ▼ | Carte de la Méditerranée, Traces liquides, Left-to-die Boat, Forensic-Architecture.

Dum-Dum
À l’époque du Raj britannique, une ville en Inde proche de Calcutta,
qui abrite un arsenal de la Royal Artilliery, lieu qui donne son nom à une balle,
la « Dum-Dum ».
Les forces britanniques, moquées et raillées dans le Chitral indien, pour leurs armes,
leurs fusils d’enfant, incapables de stopper des autochtones hostiles, des morts encore vivants,
qui, touchés par leurs projectiles, continuent encore à avancer sur eux.
Des blessés qui se battent encore, scandale total face au réel.
« Quand un homme blanc est blessé, épuisé, il ne songe qu’à quitter son unité et à retourner à l’arrière, mais le sauvage, comme le tigre, plus résistant, peut quant à lui continuer à se battre même s’il est grièvement blessé¹.«
Il faut une nouvelle balle, une balle qui stoppe, une balle qui arrête net,
une balle qui tue sur le coup, comme celle utilisée pour le gibier ongulé, le cerf ou le sanglier adulte,
avec sa douille et sa charge propulsive, son culot et son amorce.
Elle ne sera pas aussi belle que sa consœur nippone,
celle de la guerre russo-japonaise de 1904-1905,
mince et longue, légère et coquette, résistante, car revêtue d’acier,
une balle dite moderne car elle rentre dans votre corps, par son petit trou dessiné par elle-même,
avec soin, pour passer à travers vos viscères, glissant peut-être imperceptiblement sur l’une de vos côtes,
avant de ressortir par un orifice délicatement réalisé, une échappée discrète,
un passage sans trace, aux plaies aseptiques, une douce frappe chirurgicale,
des brancardiers à peine nécessaires, une mortalité réduite,
une guérison plus rapide, une infirmité quasiment acceptable.
Une balle au nom doux donné par certains, celui de la balle humanitaire.
Un monde qui s’industrialise et se perfectionne, avancée technologique et diminution des calibres,
apparition du canon rayonnant, vecteur de grande portée, nouvelle poudre, sans fumée.
Des améliorations qui permettent aux balles d’être projetées avec vitesse et précision.
Chirurgiens militaires et scientifiques testent les munitions et analysent leurs impacts,
observent les lésions et adaptent leurs soins, nouvelle science, celle de la balistique lésionnelle.
Humaniser la guerre et adoucir ses plaies.
Des projectiles donc bien conçus, aux chemises métalliques rigides,
stables et pointues, conservation énergétique maximale.
Mais à la fin du XIXe siècle, des pensées qui s’opposent, faut-il blesser ou tuer ?
Car dans les colonies, ces balles de petits calibres ne dissuadent guère, et elles provoquent d’inacceptables risées.
Il faut donc une nouvelle balle, avec sa douille et sa charge propulsive,
son culot et son amorce, une balle dite vulnérante, une balle pleine de culot, sale à souhait.
Une balle qui se pense, qui se conçoit, qui s’expérimente.
Une balle au plomb apparent, une balle aplatie en sa pointe, une balle évidée en son sommet,
une balle à la chemise striée en sa tête, une balle qui porte elle aussi un nom,
pour les soldats qui la connaissent et qui la craignent, la Fleur de la mort,
c’est tout aussi beau que du Charles Baudelaire.
Au moment du choc, une destruction optimale est recherchée,
Une balle qui perd un maximum d’énergie, résultat du transfert entre le projectile et le corps,
une balle qui s’aplatit, s’évanouit et se déforme car le métal projeté est mou, il se tord et se retourne,
selon des stries minutieusement gravées.
La balle est belle car ingénieuse, capable de créer ses propres pétales.
N’est-ce pas magnifique ? Une balle qui tue lorsqu’elle se transforme en fleur ?
Dès son impact, la balle augmente ainsi, sa surface propre qui, lancée à travers le corps impacté,
laboure vos tissus, déchire vos chairs, broie vos os, lacérant à son passage,
vos organes rencontrés, avant de ressortir, exubérante et métamorphosée,
par un énorme orifice à l’autre extrémité de votre corps.
Votre être, votre for intérieur corporel, transpercé et déchiqueté par un entonnoir laboureur.
Une balle si sale, aux blessures si laides, aux destructions si atroces qui,
captées par les premières images radiographiques médicales,
et diffusées par la représentation photographique, engendre en Europe, un vaste débat sur son utilisation.
Des médecins et des chirurgiens de guerre en proposent la simple interdiction.
À Saint-Pétersbourg en 1868, puis en 1899 à La Haye,
lors de la Conférence internationale sur la paix, les États signataires décident d’interdire cette balle,
craignant qu’elle ne soit utilisée sur le sol européen lors de conflits entre Nations,
des Nations certes quelque peu guerrières mais avant tout civilisées.
Cette convention, reprise en 1907, concerne les lois et coutumes de la guerre sur terre.
Au chapitre qui évoque,
« Les moyens de nuire à l’ennemi, des sièges et des bombardements. »,
L’article 23 stipule notamment l’interdiction faite,
« D’employer des armes, des projectiles ou, des matières propres à causer des maux superflus. »
Superflu: des maux superflus aux êtres superflus, à travers une convention superflue.
Cette minution est en revanche encore autorisée lors de la chasse au gros gibier,
et lors des guerres coloniales, contre les sauvages.
Dans les esprits bien-pensants de la deuxième partie du XIXe siècle,
une certaine idéologie part et dérive, à partir de « L’Origine des espèces » de Charles Darwin,
vers son extension meurtrière, acceptée et diffusées, représentée par social-darwinisme.
La pensée universaliste tend vers le progrès, y compris au sein des races humaines.
Ainsi, ces peuples disgraciés, inférieurs et sauvages, laisseront leurs places à une race unique,
homogène, ultimement et admirablement cultivée et civilisée.
Lutte des races sans pitié, naturelle et irréversible, qui produira et placera,
au sommet du dessein évolutionniste, la quintessence même du possible et de l’imaginable,
incarnée en sa magnificence, par une espèce humaine, unique et blanche.
La race d’un monde, celui des empires et des colonies d’un monde européen,
des possédants qui détiennent en 1918, la moitié de la surface immergée du globe.
Un monde qui se divise en deux catégories, celle des « Civilisés » et celle des « Sauvages »,
ceux qui boivent du whisky et fument des cigares,
et ceux qui n’en connaissent ni les saveurs ni les plaisirs.
Ceux qui tirent des balles, et ceux qui les reçoivent.
« Le monde se divise en deux catégories: ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent, toi tu creuses². »
Tu peux déjà creuser ta tombe, car ils ne le feront pas pour toi.
Tu crèveras seul, sur place, sur le coup ou dans tes sales souffrances,
qu’elles soient audibles ou pas, leur regard satisfait,
déjà détournés du mépris,
que tu leurs inspires.
Inspire et expire,
juste une,
dernière,
fois.
« Le plus remarquable triomphe jamais remporté par les armes de la science sur les barbares³. »
Tuer et s’en amuser, comme s’il s’agissait d’une partie de cricket.
Tuer et s’en amuser, comme s’il agissait d’un match de polo.
Well done, Winston Churchill, le compétiteur, officier et correspondant de guerre en 1898,
au Soudan, lors de la bataille d’Omdurman, une grande fierté nationale qui se lit dans les journaux.
Un combat chevaleresque, chevauchée héroïque digne d’être représentée,
sur les chevalets huileux et suintants du nationalisme ?
Non, un massacre, le plus simplement du monde, à la mitrailleuse Maxim, cadencée à 600 coups par minute,
aux fusils à répétition Lee-Metford, chargés de balles dum-dum, interdites par diverses Conventions Internationales.
Les « Barbares » restent bloqués à 400 mètres de distance, derrière un rideau de feu et d’acier, technologique et dévastateur.
12 000 morts chez les Mahadistes, 47 du côté anglais.
Un peu de « sueur et de labeur », mais beaucoup de sang, surtout celui des autres,
généreusement offert aux mouches, celles d’Aimé Césaire, par ces plaies innombrables et béantes,
certes orphelines de leurs fouets, mais aux rosées éternellement sucrées.
Et des larmes oui, de douleur pour certains et des larmes de rire et de bonheur pour les autres,
car oui, la guerre aussi peut-être parfois à la fois joyeux et palpitante.
« Cette sorte de guerre était pleine de frissons fascinants. Ce n’était pas comme la Grande Guerre. Personne ne s’attendait à être tué … Pour le plus grand nombre de ceux qui prirent part à ces petites guerres de l’Angleterre dans ces temps légers et disparus, il n’y avait que le côté sportif d’un jeu splendide⁴. »
Winston Churchill,
Futur Premier Lord de l’Amirauté,
Futur Premier ministre du Royaume-Uni,
Futur Prix Nobel de littérature.
1. J. B. Hamilton, chirurgien britannique.
2. Le Bon, la Brute et le Truand, Sergio Leone, 1966.
3 & 4. Winston Churchill.
| Ci-dessous ▼ | A Southern cotton company photographed a Black family picking cotton and quoted them saying « We’s done all dis’s mornin' »| Une entreprise de coton du Sud a photographié une famille noire en train de récolter du coton et les a cités en disant: « Nous avons fini tout cela ce matin », [1897 ?]. Wikipédia – domaine public.
| Ci-dessous ▼▼ | Ghost in the Shell, 攻殻機動隊, Mamoru Oshii, 1995.
| Ci-dessous ▼▼▼ | Photogramme du film Olympia, Leni Riefenstahl, 1936.
À écouter: Leni Riefenstahl – Ein-Volk, ein Reich, eine Leni.
À écouter: Leni Riefenstahl – L’amour de la force.


« Mon esprit est humain.
Mon corps est fabriqué.
Je suis le premier de mon espèce,
mais… je ne serai pas le dernier.
Nous nous accrochons aux souvenirs,
comme s’ils nous définissaient.
Mais ce que nous faisons nous définit.
Mon fantôme a survécu,
pour rappeler au prochain d’entre nous…
que l’humanité est notre vertu.
Je sais qui je suis…
et ce que je suis venu faire. »
Ghost in the Shell, 攻殻機動隊, Mamoru Oshii, 1995.

Le discours final du Dictateur
« Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur. Nous ne voulons ni haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin.
L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Etant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Etant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes.
En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants désespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.
Je dis à tous ceux qui m’entendent: Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !
Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, en avez le pouvoir: le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir – ils mentent. Ils ne tiennent pas leurs promesses – jamais ils ne le feront. Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous !
Hannah, est-ce que tu m’entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah ! Les nuages se dissipent ! Le soleil perce ! Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière ! Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur, où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité. Lève les yeux, Hannah ! L’âme de l’homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler. Elle vole vers l’arc-en-ciel, vers la lumière de l’espoir. Lève les yeux, Hannah ! Lève les yeux ! »
Charlie Chaplin, Le Dictateur, 1940. |
Ici une traduction de © Roy Export S.A.S. | Texte original en anglais: The Great Dictator – Speech
| Ci-dessous ▼ | Le Dictateur. Wikipédia-domaine public.
| Ci-dessous ▼▼ | 1 – « …. e in mezzo a San Lorenzo spalancò le ali »: questa foto di Pio XII, tradizionalmente riferita alla visita al quartiere San Lorenzo il 20 luglio 1943, in realtà fu scattata in Piazza San Giovanni in Laterano il 13 agosto successivo. Wikipédia – domaine public. | 2 – Pontifical High Mass for Benedict XV’s coronation, Vatican City, photograph by Felici, from L’Illustrazione Italiana, Year XLI, No 37, September 13, 1914. Wikipédia – domaine public.


Lettre au pape
* Cette lettre a été écrite et envoyée au Vatican en avril 2024, soit avant les révélations concernant les agressions sexuelles imputées à l’abbé Pierre, parues dans la presse en juillet 2024. Elle est présentée ici dans sa version originale, afin d’illustrer à quel point il est difficile de s’appuyer sur une quelconque exemplarité humaine — souvent « idéalisée », mais trop souvent source de désillusion. Nous faisons partie, sans conteste, d’une multitude d’êtres une fois encore marqués par les secrets et les silences, les masques et les dissimulations. Ces révélations suscitent en nous un profond sentiment de trahison, celle d’une exemplarité au final totalement fantasmée. Ce désaveu de la probité expose crûment et misérablement l’échec d’un rattachement à un être humain, à ses actes, à ses projets qui semblaient capables de nous offrir un semblant de repère sur cette terre.
Votre Sainteté,
Dans un monde où l’indifférence semble souvent prévaloir sur la compassion, nous nous tournons humblement vers vous afin de vous présenter un projet qui aspire à incarner les valeurs que vous avez inlassablement défendues et nourries depuis le début de votre pontificat. Ces principes se manifestent quotidiennement dans l’énergie et la volonté de changements que vous cherchez à apporter à l’Église catholique actuelle.
Le projet que nous souhaitons vous exposer porte le nom de Sea-You. Deux mots évocateurs, susceptibles de faire partie des douces paroles pleines d’espoir que l’on pourrait glisser à l’oreille d’un ami ou d’un être cher s’apprêtant à affronter la périlleuse traversée de la mer Méditerranée. Ce périple est souvent entrepris par des personnes ayant préalablement enduré d’innombrables souffrances, difficultés et humiliations tout au long d’un voyage terrestre qui les a, pour les plus « chanceux » d’entre eux, menés jusqu’aux rives de ce bassin, témoin majeur de l’histoire de notre humanité et de la naissance de la chrétienté.
Inspiré par l’histoire maritime des États pontificaux et par l’engagement séculaire de l’Église dans les affaires du monde, Sea-You se distingue néanmoins radicalement de l’époque où la marine pontificale et le pouvoir du pape étaient impliqués dans des expéditions ou des opérations politiques et religieuses, malheureusement conflictuelles. Par contraste, ce projet apolitique, architectural et humanitaire vise à établir de nouveaux sanctuaires, des refuges maritimes en Méditerranée. Ces Vigilantes, des constructions autonomes et flottantes, aspirent à être, littéralement et symboliquement, des phares ou peut-être de simples lucioles, à la luminosité modeste mais suffisante pour guider dans les nuits sombres et inhospitalières ceux qui, en quête d’un avenir meilleur, risquent leur vie au milieu des flots.
Les Vigilantes, abris temporaires et sans équipage, sont stratégiquement disposées en conformité avec le droit maritime et conçus de manière innovante selon une approche utopique mais pragmatique. Ils symbolisent notre refus collectif d’ignorer la souffrance d’une partie de notre humanité. Tout objet flottant ou positionné en mer, qu’il navigue dans des eaux territoriales ou en haute mer, doit arborer le pavillon d’un État. Les articles 90 et 91 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer stipulent que tout État, même sans littoral, a le droit de faire naviguer des navires sous son pavillon. En outre, chaque État définit librement les conditions d’attribution de sa nationalité aux navires. Notre requête se concentre exclusivement sur cet aspect juridique, crucial et indispensable: l’obtention du pavillon par un État bienveillant, pour permettre la poursuite du développement de ce projet.
Sea-You ambitionne également de repenser les fondements mêmes de l’architecture, en la replaçant au cœur de ses missions ancestrales et essentielles: offrir un abri et faciliter la création d’une société commune et égalitaire. Inspiré par des réalisations pionnières, telles que celle initiée par l’abbé Pierre* et Jean Prouvé après un hiver particulièrement rigoureux en France en 1954, ce projet rend hommage à ces deux figures emblématiques qui ont partagé un idéal commun d’assistance aux plus démunis et aux sans-abris. Leur engagement a permis d’aboutir à la création de « la Maison des Jours Meilleurs », un projet réaliste et innovant qui, malheureusement, ne fut pas approuvé par les autorités de l’époque.
En sollicitant l’attribution du pavillon du Vatican pour les Vigilantes, nous aspirons non seulement à obtenir une reconnaissance juridique internationale, mais aussi à véhiculer un message résolu, sincère et déterminé d’unité humaine et de solidarité mondiale. Recevoir le pavillon du Vatican pour ce projet soulignerait profondément l’engagement de l’Église envers la vie humaine sur terre, rappelant à chacun que la solidarité transcende les frontières et les différences, y compris religieuses. Le pavillon du Vatican offrirait également une protection cruciale à ces naufragés temporaires, soulignant l’importance de l’autorité morale de l’Église et sa place essentielle et nécessaire dans le domaine de la diplomatie internationale.
Votre soutien à l’égard du projet Sea-You ne symboliserait pas seulement un élan supplémentaire dans l’engagement humanitaire de l’Église, mais aussi la continuité de son rôle essentiel dans sa mission et dans sa capacité à influencer la construction d’un monde contemporain et à venir. Ce projet, loin d’être utopique, envisage concrètement comment la société civile et les communautés religieuses peuvent agir entre prochains, et non entre partenaires, afin d’œuvrer pour le bien et l’harmonie de l’humanité. Cette initiative refléterait les enseignements de l’Église, basés sur l’équité et l’espérance, renouvelant leur pertinence pour relever les défis actuels, qu’ils se situent en Méditerranée, en Europe ou à travers le monde.
Le projet Sea-You pourrait redonner toute sa signification au principe de fraternité, un terme noble mais sans cesse dévoyé sur un continent qui pourtant proclame régulièrement ses racines chrétiennes. Malheureusement, les déclarations politiques, les décisions et les actions des autorités gouvernementales entrent souvent en contradiction, voire en opposition complète, avec les valeurs qu’elles prétendent défendre, révélant par là même un opportunisme, ou pire, un cynisme qui dénature complètement leurs soi-disant valeurs fondamentales.
Ce projet représente un plan d’action concret, situé au-delà de toute rhétorique. Il ambitionne de promouvoir une vision différente de l’Europe, éloignée des seules considérations politiques et identitaires. Sea-You aspire à une réflexion globale sur notre monde; nous sommes les héritiers d’événements historiques qui l’ont façonné, mais nous détenons la capacité, en tant qu’êtres vivants, d’agir chaque jour sur des questions essentielles telles que celle du partage, de la place que nous souhaitons offrir à chaque individu, d’où qu’il vienne, quelles que soient ses origines, quelle que soient les raisons, qu’elles soient sécuritaires, économiques ou climatiques qui le poussent à quitter son village, sa région, son pays ou son continent.
Dans cet esprit, Sea-You adopte une posture futuriste, bien qu’elle puisse paraître difficile actuellement car minoritaire, elle représente néanmoins la seule voie vers un avenir digne pour tous les habitants de la planète. Nous sommes conscients des défis et de l’innovation que représente un tel engagement pour le Vatican. Toutefois, nous croyons fermement que Sea-You pourrait incarner l’esprit de charité, de solidarité, et d’amour universel que vous avez toujours prôné à travers vos visites dans les différentes périphéries de notre maison commune.
Nous sommes convaincus de notre capacité à susciter de l’enthousiasme autour de ce projet, surmontant ainsi les obstacles financiers, techniques et juridiques grâce à l’engagement de nombreuses personnes qui s’identifient déjà ou qui sauront se reconnaître dans ce type d’initiative. Notre objectif est de placer à nouveau l’humain au centre de nos préoccupations, de nos actions, des politiques. Nous partageons votre désir d’exprimer de manière concrète la compassion de l’Église envers les plus vulnérables.
Nous vous prions, Votre Sainteté, de recevoir notre appel et notre requête avec bienveillance, et de nous accorder votre attention, votre regard et votre soutien afin que Sea-You puisse devenir un nouveau symbole d’espoir, forgeant des liens entre les hommes et leur environnement, entre tous les acteurs qui œuvrent à créer des conditions propices à toutes les espèces présentes sur notre planète.
Dans l’attente de votre précieuse réponse, veuillez agréer, Votre Sainteté, l’expression de notre plus haute considération et de notre profond respect.
Sincèrement, pour le Collectif Sea-You, […].
Lausanne, Suisse, avril 2024.
| Ci-dessous ▼ | La Bataille de Lépante de 1571, huile sur toile, artiste inconnu, XVIe siècle. Wikipédia – domaine public.
À écouter: Bataille de Lépante
